Le Nikon D810

Avec la rentrée, Nikon présente ses nouveautés. Parmi celles-ci, le D810. Ce boîtier, résolument orienté vers les professionnels et les amateurs experts, est une évolution du D800(E), dont il reprend un grand nombre de fonctions et caractéristiques. Si vous nêtes pas familiers avec ce boîtier, nous vous invitons avant tout à consulter les tests complets réalisés il y a deux ans. Le nouveau-venu amène cependant son lot de nouveautés, dune refonte du système de miroir aux derniers raffinements technologiques.

Au rang des nouveautés importantes, voici donc une liste relativement exhaustive : - Ecran arrière amélioré

  •  Un capteur revisité
  •  Autofocus "Zones AF"
  •  Le mécanisme du miroir a été retravaillé
  •  Apparition du "Raw S", un Raw de 9 mpixels
  •  Du côté de la vidéo : 1080p à 60 images par seconde, "zebra" sur l'image pour vérifier les hautes lumières, mode "flat" et capture son stéréo

Avant de pousser un peu plus dans les détails pour chaque point, notez que toutes les images présentées dans ce test ont été réalisées sur trépied, avec un retardateur de 5 secondes et le miroir relevé avec 3 secondes de délai. Toutes les images sont seulement ouvertes dans Lightroom 5 avec les réglages par défaut avant d'être converties en JPG.

Nouveauté Ergonomie / Design :

On note immédiatement un léger changement au niveau du duo de boutons : AE-L / AF-L et AF-ON : ils sont rehaussés sur un petit module pour les rendre un peu plus accessibles par le pouce. La roulette, permettant la sélection du mode de mesure de lumière, a migré et se retrouve sous forme de bouton à côté des boutons ISO et QUAL en haut à gauche. La fonction Bracketting (BKT) a désormais un bouton dédié sur le côté du flash.

On trouve également un bouton "i" sur le dos du boitier, permettant l'affichage des infos de prise de vue très complètes sur l'écran arrière, comme cela peut se voir sur les reflex plus entrée de gamme. Le bouton de sélection des modes AF, tout en bas à l'avant du boitier gagne une légère texture pour mieux le trouver sous le doigt.

Nous apprécions également un petit changement au niveau de la poignée verticale, légèrement plus profonde, qui assure une prise en main un peu plus confortable pour les mains aux longs doigts.
Notons également larrivée dun horizon artificiel plus réactif et plus « 3D » quil ne létait auparavant. Un grand bien pour les photographes architecture ou paysage travaillant au trépied.

Ecran arrière :

Comme nous le disions rapidement en introduction, un des changements les plus visibles est le nouvel écran arrière. Doté d'une définition légèrement augmentée, son contraste et sa luminosité sont améliorés par l'arrivée d'une matrice "RGBW" (présence de points blanc, en plus des habituels points rouges, verts, bleus). Cela est immédiatement remarquable face aux textes des menus, beaucoup mieux définis. En pratique face à une image, avec un D800E et un D810 l'un à côté de l'autre, à distance de visionnage normal, la différence est peu visible. Notons que cette différence de définition est sans doute un plus réel pour les "videographes" mais nous n'avons pas eu l'occasion de vérifier cela avec les outils adéquats. Les couleurs de l'écran semblent légèrement plus neutres que celles du D800 (dont l'écran était un peu "froid"). Comme sur la génération précédente, l'angle de vision est tout bonnement excellent.

Qualité d'image et capteur :

Le "nouveau" capteur du D810 est en fait celui du D800E revisité, avec cette fois non pas un "filtre passe-bas amoindri", mais une absence de filtre passe-bas, comme on peut le voir sur des capteurs moyen-format. En théorie, cela devrait apporter une touche de piqué et de mordant supplémentaire aux images en terme de détails. A noter également que ce capteur, associé avec le nouveau processeur d'image Nikon Expeed 4 du D4s, dispose d'une sensibilité native de 64 ISO. Cette petite avancée permettra aux photographes appréciant les grandes ouvertures avec beaucoup de lumière d'être plus à l'aise. Un mode 32 ISO est même accessible en sacrifiant un peu de dynamique.

Sur le terrain, le D810 se démarque premièrement de son prédécesseur par une balance des blancs automatique excellente et assez constante en toute circonstance. Là où le D800 se démarquait déjà des générations précédentes, le D810 va encore plus loin avec une belle neutralité des couleurs, y compris dans des situations délicates (mélanges de plusieurs températures de couleur).

La gestion des hautes sensibilités est très bonne mais ne se démarque pas de façon spectaculaire par rapport à la génération du D800. En effet, nous avons constaté un meilleur contraste naturel pour le D810, cependant une granulation visiblement chromatique apparait vers 12800 ISO avec une tendance à lisser très légèrement les détails (sur le raw). L'amélioration en terme de haute sensibilité ne nous semble donc pas majeure. Notons tout de même - comme pour le D800E - une très bonne capacité en dynamique pour récupérer les ombres jusqu'à 6400 ISO. Au dela, la dynamique ne suit plus vraiment. Si l'on considère que la sensibilité native du D810 se situe à 64 ISO, cela représente presque 1 IL de gagné en gestion de la sensibilité, mais pas du côté où on l'attendait forcément !

Pour tous ceux qui trouveraient le niveau de bruit assez élevé en visionnage 100% par rapport à des boîtiers comme le D4, rappelons que le niveau de détail nest pas le même non plus. Lors de nos tests précédents, nous avions prouvé par des tirages jet d’encre que le bruit
« élevé » du D800 correspondait à une granulation inférieure à celle du D4, à taille de tirage égale ! 

1600 ISO : Comparaison D800E et D810

6400 ISO : Comparaison D800E et D810

25600 ISO : Comparaison D800E et D810

Vous pouvez télécharger les images haute définition dans les liens ci-dessous :

Nature morte au flash à 100 ISO F:8 - AFS VRII 70 - 200 mm F/2.8

Téléchargez ici le fichier haute défintion en JPEG

Nature morte au flash à 400 ISO F:16 - AFS VRII 70 - 200 mm F/2.8

Téléchargez ici le fichier haute défintion en JPEG

Du côté de la dynamique en basse sensibilité, comme pour le D800, elle est exceptionnelle :

- Le modelé visible dans les ombres est naturel et se rapproche encore un peu de la vision humaine. Sur ce point, on note un très léger progrès par rapport au D800. Le rendu des ombres est plus "doux", un peu plus progressif, ou "moins agressif" en quelque sorte, ouvrant un peu plus de possiblités pour le post-traitement et un contraste plus naturel de l'image.

- En basse sensibilité, avec une optique comme le 24-70 mm, il faut être un observateur très attentif pour différencier deux images issues de ces boitiers. Nous avons la sensation que la définition offerte par le D800E est un peu "agressive", tandis que la définition du D810 est un peu plus riche, moins violente, moins "grossière" en quelque sorte. Ceci dit, nous sommes dans un niveau de comparaison quasi-invisible sur un tirage A3+. Nous vous laisserons juger par vous-même avec ces images à disposition en JPG haute définition. Il est important de noter que ce capteur semble tout aussi exigeant avec les optiques que le D800E ou D800. L'absence de filtre ne change rien à cela. 

Toujours du côté des nouveautés, le D810 innove avec l'arrivée du Raw S "small" de 9 mpixels. Ce mode semble particulièrement adapté pour des photographes n'ayant pas un besoin de haute résolution lors de chaque sortie, mais désirant néanmoins bénéficier des fonctions d'un fichier raw. Les boitiers de génération précédente proposaient des images en résolution amoindrie, mais seulement au format jpg. Nous avons pu tester ce mode Raw S, qui sort des images de 25 Mo en moyenne (contre 45 Mo pour les raw 36mpixels). Le gain en terme de stockage n'est donc pas énorme par rapport à la diminution de la résolution (le poid du fichier est difficilement divisé par 2, tandis que la résolution est divisée par 4).

De plus, nous constatons sous Lightroom que le fichier Raw S contient moins d'informations que le raw classique en terme de dynamique surtout dans les basses lumières : nous avons réussi à déboucher une partie très noire de l'image sur le Raw normal, tandis que cette opération s'est avérée impossible sur le Raw S. Nous recommandons donc la prudence pour l'usage de ce mode, qui ne semble pas vraiment au niveau pour les utilisateurs les plus exigeants en qualité d'image et possibilités de traitement.

Une nouveauté plus discrète se remarque également sur le D810 : un nouveau mode de mesure de lumière apparaît : en plus des habituels « matricielle » « spot » et « pondérée centrale » arriève le mode « priorité hautes lumières » (matérialisé sur le boîtier par lidéogramme « spot étoile » 

Toujours pour les photographes plutôt "reportage" ou "évènement," voici un petit aperçu du D-Lighting, qui n'évolue pas vraiment depuis le D800, mais qui gagne en qualité d'image : Images : 

La photo avec « D-Lighting off » permet également dapprécier la dynamique native de lappareil, avec un modelé particulièrement fin dans les ombres. Cliquez sur les liens suivants pour les versions haute définition :

Autofocus :

Outre le processeur Expeed 4, le D810 bénéficie également d'une autre avancée du D4s en terme d'autofocus : les "zones AF" (regroupement de collimateurs), utiles pour éviter que la netteté ne se fasse derrière le sujet si le collimateur actif a été un peu approximatif. Cette fonction nous semble un apport intéressant particulièrement pour suivre des sujets mobiles (filés sports mécaniques) et éviter que le focus ne "dérape" sur l'arrière-plan comme ça peut arriver avec un seul collimateur actif.

Système de miroir :

L'amortissement du miroir avait fait l'objet de discussions sur les D800 et D800E, notamment à des vitesses critiques intermédiaires. Nous tenons là une véritable nouveauté du D810 : ce système semble avoir en effet été complètement repensé : le bruit du D810 n'a rien de comparable avec celui du D800. Sans même utiliser le mode Q ("silencieux"), on constate déjà une baisse du volume sonore significative.

Le miroir semble plus amorti, le son est plus feutré, il ne fait aucun doute que tout cela a été retravaillé dans le bon sens.

Vidéo :

Un mode intéressant fait également son apparition : le mode "flat" (plat en anglais) permet de sortir une image la plus neutre possible, afin de conserver une grande dynamique en post- production de la vidéo. Notons aussi que la capture du son se fait maintenant en stéréo (en cherchant bien, on trouve deux micros de part et d'autre du flash, un en dessous du logo D810, l'autre à côté de la lampe d'assistance AF).

Nous n'avons eu que peu de temps pour explorer l'appareil, trop peu pour se consacrer sérieusement au mode vidéo. Pourtant cela semble un atout majeur de ce boîtier, doté d'un écran à la résolution améliorée, propice à la visée par "loupe" pour les vidéographes. Le mode 1080p à 60 images par seconde semble également adapté à tout genre de prise de vue (y compris de l'action assez vive) sans compromettre la qualité. Le mode de capture en temps réel avec des "zebras" montrant les hautes lumières est également une avancée très utile pour juger au mieux du rendu de son image. Associé au mode "flat", cela permet d'assurer des prises de vue vidéo maitrisées et idéales pour une post-production correcte.

Conclusion :

Nous sommes face à un boîtier qui constitue - comme son nom l'indique - l'évolution d'une gamme existante. Si on isole chaque nouveauté, aucune ne justifie vraiment de passer du D800E au D810. Cependant, certains éléments-clé comme la vidéo associée à la qualité de l'écran et le stéréo peuvent apporter une réelle différence. La sensibilité native de 64 ISO joue également en faveur des photographes appréciant utiliser de grandes ouvertures en lumière naturelle abondante et peut faire la différence. En terme de qualité d'image pure cependant, nous n'avons pas constaté de fossé entre le D810 et son duo de prédécesseurs.

Kelvin apprécie :

  •  La sensibilité de 64 ISO pour les photographes pratiquant le flash studio en extérieur - Le bruit au déclenchement plus doux et le confort d'utilisation que cela induit pour le photographe
  •  Le Raw S (voir point suivant)

Kelvin apprécie moins :

  •  La petite prise de poids
  •  Pas d'amélioration visible en hautes sensibilités
  •  Le Raw S pas aussi performant que le Raw classique 

Article de Thomas Carrage

Produit(s) de cet article

Par Romain Chambodut, le 07/10/2014 | Catégorie : Test produit