Les modeleurs de la gamme Elinchrom

Pour ce premier article sur le blog de Kelvin-pro™, nous avons choisi de passer en revue les modeleurs de la gamme Elinchrom™.
Lorsque nous avons l’occasion de rencontrer du public qui s’intéresse à la lumière studio, une question revient souvent : « Quelle différence entre tel et tel modeleur ? ». Nous proposons aujourd’hui d’apporter une réponse pragmatique et simple à ce genre de question, tout en levant certains doutes pour les utilisateurs confirmés.
Nous avons donc testé dans des conditions strictes et avec une seule source, tous les modeleurs principaux de la gamme Elinchrom™.

Conditions studio :

  • fond papier gris neutre clair
  • studio sombre (aucune lumière parasite)
  • modèle à 3 m du fond
  • source : compacte Elinchrom style 600 RX (600 Joules), montée à 2,50 m de hauteur et environ 45° devant le modèle. La distance torche-visage est de 2,50 m.

Prise de vue :

  • Canon™ 5D mkII, objectif canon 70-200mm f/2.8, sur trépied, à 4 m80 du modèle (3 m pour les portraits serrés)
  • exif : 1/125ème, f/10 à 100 iso
  • synchro par radio Elinchrom Skyport.

Pour chaque image, nous avons effectué :

  • une prise de vue en pied, afin de voir la répartition de la lumière sur une plage classique de travail
  • un portrait plus serré afin de mieux voir le modelé de la lumière sur le visage
  • un plan très large qui permet de voir la répartition de la lumière dans le studio, avec les problèmes éventuels (renvoi d’un peu de lumière par le plafond pour certains modeleurs)
  • toutes les images ont été converties en TIFF 16 bits sous DPP, mode Standard, contrast zéro, puis ont subi une légère retouche cosmétique sous Photoshop avant d’être transformées en JPG.

NB : Pour chaque modeleur, nous avons réglé la puissance de la torche pour obtenir une exposition du visage à f/10 - 100 iso. Nous indiquerons cette puissance (en joules) pour chaque modeleur. Cette donnée permet d’apprécier le rendement des modeleurs les uns par rapport aux autres sur un setup stable.

Photos & Retouche : La Griffe studio - photographie publicité, mode, Lyon
Maquillage/coiffure : Diane Zabardi

Stylisme : Morgan Kirch
Modèle : Elly - VIP models

Réflecteur grand angle Ø 16 cm : 370 joules

Ce réflecteur de 16 cm de diamètre est ce qu’on appelle un « réflecteur parapluie ». C’est le réflecteur à utiliser dans un parapluie pour bien canaliser la lumière sur la surface du parapluie. Il envoie de la lumière sur un angle à peine supérieur à 120°, comme on peut le voir sur le plan large. Le rendement est bon (surface métallique argentée), une puissance modérée est nécessaire pour obtenir f/10 à 100 iso.
Sur la vue en pied, on voit une ombre au sol assez découpée et les ombres sur le visage sont également découpées. Le fond est largement éclairé et on ne perçoit sur celui-ci qu’un très léger dégradé.

Réflecteur standard Ø 21 cm : 140 joules

Avec ce réflecteur, nous entrons dans les outils qui permettent vraiment de modeler la lumière. Il éclaire sur environ 50° et le dégradé sur le fond est bien visible. Il possède un bon rendement (gain supérieur à un diaph par rapport au réflecteur 16 cm). La lumière est dure et assez focalisée (le visage reçoit plus de lumière que les pieds). On peut lui adjoindre des grilles nid d’abeille plus ou moins épaisses (cf. paragraphe suivant), ce qui en fait un outil polyvalent et efficace pour produire des lumières dures en portrait.

Réflecteur standard Ø 21 cm + grille nid d’abeille Ø 21 cm 20° : 140 joules

On note immédiatement une focalisation importante (20°) réduisant l’angle de couverture de 50 à 20°. En résulte une lumière plus dirigée – le visage prend la lumière alors qu’il n’y a presque plus de lumière sur les pieds – des ombres toujours découpées et des bords doux (fall off). Nous en profitons pour mettre fin à une idée reçue : la grille sur un réflecteur ne diminue pas réellement le rendement, seulement l’angle de couverture. La puissance nécessaire pour éclairer le visage est la même avec ou sans grille. Notons qu’il existe des grilles de différentes épaisseurs, qui réduise l’angle éclairée jusqu’à 8°.

Réflecteur haut rendement Ø 26 cm : 80 joules

Comme son nom l’indique, ce réflecteur nous permet de gagner presque un diaphragme par rapport au réflecteur 21 cm. Il est aussi un peu plus focalisé (45°) et cela se voit sur la photo en pied : la lumière vient lécher le bord de la robe de notre mannequin. Les ombres sont toujours très découpées mais cependant un tout petit peu moins qu’avec le réflecteur 21cm.

Réflecteur Maxilite Ø 40 cm : 80 joules

Cet énorme réflecteur éclaire sur un angle très voisin du réflecteur 26 cm (43°), avec un rendement à peu près identique. Cependant, son dessin le focalise mieux et le décor ne prend quasiment pas de lumière pour porter la lumière loin. Le bord « fall off » est un peu plus net qu’avec le réflecteur 26 cm. La lumière en portrait reste dure mais les ombres sont encore un tout petit peu moins découpées que le réflecteur 26 cm.

Réflecteur Maxispot Ø 40 cm : 70 joules

Ce réflecteur est quasi-identique à son cousin « Maxilite » vu précédemment. Seul le revêtement interne change (il est métallique lisse au lieu d’être texturé). Cela engendre un léger gain de rendement et il représente ce qui se fait de plus performant de ce point de vue parmi les modeleurs Elinchrom : Seuls 70 joules sont nécessaires pour éclairer le visage de notre modèle à f/10 – 100 iso. L’angle de répartition de la lumière est identique au Maxilite (43°), mais on note un fall off encore plus net. On note également l’apparition d’un léger point chaud au centre : la lumière est un peu moins homogène. La lumière sur le visage est dure, à peu près identique au Maxilite, lui-même assez peu différent des réflecteurs 21 et 26 cm.

Softlite argent Ø 44 cm : 244 Joules

Voici un modeleur assez populaire, objet de nombreux questionnements. Elinchrom fabrique deux réflecteurs de diamètres différents qui sont surnommés « bol beauté » (beauty dish).
Nous avons ici à faire au moins grand, 44 cm de diamètre, finition argent. Son aspect est beaucoup plus « ouvert » qu’un réflecteur de type Maxilite et il éclaire effectivement sur un angle bien plus large, soit environ 55-60°. La photo en pied nous permet d’apprécier l’éclairage assez homogène du fond. On note un détail intéressant sur la nature des ombres sur le portrait : leur découpe rappelle celle du Maxilite (comme nous l’avons dit plus haut, ces deux réflecteurs ont un diamètre voisin). On constate cependant que la densité des ombres est très différente sur ce Softlite qui est beaucoup moins focalisé et diffuse donc mieux la lumière.
Le rendement est bon malgré l’angle et il reste correct par rapport au réflecteur standard.
Ce genre d’outil est assez couramment utilisé en mode/beauté pour obtenir en portrait une lumière un peu diffusée (mais pas autant que les boites à lumière) tout en conservant des caractéristiques « dures » des réflecteurs métalliques.
La présence d’un déflecteur interne (ici c’est celui en plastique opaque qui est utilisé) élimine le point-chaud. On constate qu’à notre distance de travail, il éclaire largement le modèle en pied.

Beauté argent Ø 70 cm

Nous avons testé le fameux « bol beauté » de 70 cm de diamètre dans trois configurations différentes. Pour les images ci-dessus, il s’agit du bol nu (sans déflecteur)
D’abord les considérations générales : il s’agit d’un grand réflecteur (encombrant aussi, on l’imagine destinée à rester au studio). Il éclaire sur un angle de 64° proche de celui du Softlite 44 cm que l’on vient de voir et il produit une lumière plus enveloppante. Le point chaud est normalement évité grâce au déflecteur fourni et le modelé reste percutant.
Dans le test réflecteur nu ci-dessus, une ombre dédoublée apparait sur le portrait : cela est du à l’absence de déflecteur lors du test. Vous pouvez ainsi apprécier en quoi ce genre de gadget s’avère indispensable.
Dans les images réalisées avec le diffuseur souple (ci-dessous), on constate un modelé global très doux qui rappelle celui des boites à lumière (que l’on verra plus tard). Les ombres sont peu denses et légèrement débouchées. La lumière est d’une grande homogénéité et bien diffusée sur la vue en pied, grâce au grand diamètre du modeleur.
L’utilisation de la grille (ci-dessous, disponible prochainement à l’heure où nous écrivons ces lignes) change radicalement l’angle de diffusion et cela rappelle la lumière du Maxilite. On peut voir sur le portrait que les ombres sont considérablement durcies et d’une bonne densité. Ne pas perdre de vue que ce durcissement des ombres provient également du fait que le plafond ne reçoit presque plus de lumière (et jouait un rôle de réflecteur naturel sans la grille)

Le point sur le rendement du bol beauté 70cm :

  • nu : réflecteur uniquement, sans déflecteur interne : 322 Joules
  • avec diffuseur souple : 345 Joules
  • avec la grille nid d’abeille : 300 Joules.

Ce réflecteur a un rendement correct si on considère sa taille, et on constate une fois de plus que la grille ne nécessite pas vraiment plus de puissance.

Parapluie argent 105cm (avec un réflecteur 16 cm monté sur la torche) : 800 joules

Le parapluie est le modeleur indirect classique, couramment utilisé en portrait. On voit ici ses qualités : il diffuse la lumière sur un angle très ouvert (environ 160°) et permet d’intégrer le modèle dans son environnement. Son encombrement une fois replié est minimal. Sa taille importante une fois déplié, permet de bien diffuser la lumière et fournir des ombres douces comme on le voit bien sur le portait. La photo en pied nous montre un fond presque sans dégradé.
Le rendement est en revanche le point faible du parapluie (beaucoup de lumière est dissipée autour du sujet) : alors que nous utilisons le parapluie revêtement argenté, il nous a manqué un demi-diaph sur la 600 RX pour exposer à f/10 - 100 iso. Nous avons donc du utiliser une torche plus puissante (1200 RX). Il faut tout de même garder à l’esprit que c’est parmi tous les modeleurs disponibles, c’est celui qui éclaire sur l’angle le plus large.

Boite à lumière Rotalux 90 × 110 cm : 600 joules

Nous entrons dans le domaine des boîtes à lumière. Comme tous les modeleurs de la gamme Rotalux, cette boîte dispose de deux diffuseurs : un voile fin placé à l’intérieur de la boite et un grand diffuseur externe. Toutes les boîtes à lumière de la gamme Rotalux peuvent tourner une fois fixées sur la bague du flash et se replier un peu comme un parapluie avec un système de baleines.
L’angle de couverture est très proche du bol beauté 70 cm (environ 60°).
Le modelé fourni est typique des boîtes à lumière : ombres progressives, légères et diffuses, encore plus que le parapluie.
Au niveau du rendement, notre torche 600 RX est au maximum de sa puissance (pour f/10 à 100 iso rappelons-le), le rendement est donc globalement faible.
Le fall off (visible au sol sur le plan large) est très progressif.

Boite à lumière 90 × 110 cm avec grille : 800 joules

La grille a pour effet de réduire l’angle de couverture de la boîte et on passe d’environ 60 à 45° (proche du réflecteur 21 ou 26 cm). Les ombres restent progressives mais sont bien plus denses que sans grille.
Au niveau du rendement, comme pour le parapluie précédemment, il a fallu monter une torche 1200 RX pour avoir le demi-diaph qui nous manquait pour exposer juste. Contrairement aux réflecteurs en métal, où l’ajout d’une grille nid d’abeille n’engendre pas de perte de rendement notable, ici, la manufacture du modeleur affaibli le rendement d’un demi-diaph environ.

Boite à lumière Rotalux octobox Ø 135 cm : 600 joules

Par rapport à la Rotalux 90 x 110 cm, le diamètre et la forme octogonale diffèrent. Sa forme octogonale permet une diffusion importante sur le plan vertical et horizontal. Comme les autres boîtes Rotalux de grand diamètre, c’est un outil idéal pour réaliser des portraits d’une très grande douceur avec des ombres légères et diffuses. Il faut être un fin observateur pour différencier deux portraits réalisés avec octobox 135cm et boite 90 x 110 cm.
Nous n’avons pas réalisé de vue en plan large avec ce modeleur : la couverture et le fall off sont pour ainsi dire identiques à la boite 90 x 110 cm.

Boite à lumière Rotalux strip 50 x 130 cm : 424 joules

Cette boîte à lumière Rotalux a une forme atypique puisqu’elle se présente tout en hauteur (ou longueur si on la fait tourner). L’utilisation habituelle de ce genre de modeleur n’est pas devant le modèle à 45° à 2 m50 de haut comme nous l’avons fait jusqu’à présent. C’est pourquoi nous avons choisi de faire une exception et de la positionner à coté de notre modèle (2 m), avec la torche à hauteur de ses yeux (soit 1 m85) comme on peut le voir sur le plan large.
Ainsi nous voyons l’intérêt d’un tel modeleur : il diffuse la lumière sur un seul axe, tout en restreignant l’angle de couverture sur l’autre axe. La capacité de la faire tourner une fois fixée (comme toutes les autres boîtes Rotalux) permet de changer la lumière facilement.
Ce genre de modeleur est couramment utilisé en « lumière rasante », positionné à 90° par rapport au modèle pour mettre en avant des reliefs. La vue en pied permet d’apprécier par exemple le modelé crée sur la poitrine du mannequin.
Le portrait permet d’apprécier la diffusion verticale très grande (grande douceur « verticale ») et l’absence de couverture sur l’autre axe qui plonge un coté du visage entièrement dans l’ombre. En utilisant une octobox 135 cm de la même façon, la lumière sur le côté éclairé du visage aurait été assez voisine, tandis que le côté ici dans l’ombre aurait été un peu éclairé.
Le rendement est globalement faible (il faut tenir compte du changement de place de la source dans le studio).

Flash nu, barebulb : 300 joules

Nous avons jugé bon de montrer la lumière du flash nu, sans aucun modeleur. Il éclaire sur une surface très large : l’angle de couverture est comparable à celui du parapluie, soit environ 180°. La lumière fournie devrait être très dure car la source est extrêmement ponctuelle comparée au parapluie. Cependant, les diverses réflexions sur les éléments du studio la change beaucoup. Le rendement est largement meilleur que le parapluie pour une surface éclairée à peu près équivalente.
NB : Nous attirons votre attention sur un fait important : Comme vous pouvez le constater sur les plans larges, suivant le modeleur utilisé et sa couverture, le plafond du studio (légèrement en pente) reçoit parfois une quantité de lumière assez importante, notamment avec le parapluie ou le bol beauté par exemple. Ce paramètre peut être perçu comme un biais du test, ou comme faisant partie des caractéristiques des modeleurs : il n’existe que peu de studios de prise de vue parfaits, avec de grandes dimensions et des surfaces noires partout.
A très bientôt pour un nouveau test.

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Par Thomas Carrage, le 17/02/2012 | Catégorie : Test produit