Les derniers boitiers Nikon 4/4 : D800 E

Pour le dernier volet de ce marathon Nikon, nous avons testé le Nikon™ D800E. D'abord, présentons rapidement et simplement ce boîtier : il s'agit d'un D800 dont le filtre passe bas a été modifié et sur lequel le filtre anti-aliasing a été retiré (ou du moins atténué). Nous pouvons donc passer sur l'ergonomie, les fonctions, l'autonomie, puisque tous ces points sont exactement identiques au D800 (dont nous avons publié le test complet sur cette page il y a quelques semaines).

Le D800E représente un pari audacieux pour Nikon™. Fabriqué à un nombre d'exemplaire assez faible, il est destiné aux photographes extrêmement exigeants en terme de détail, prêts à passer du temps sur le traitement de leurs images. Jusqu'à présent, dans l'industrie photo, uniquement Leica avec son M9 avait osé commercialiser un boîtier 24x36 sans filtre anti-aliasing.

 

 

Ce qui donne sa spécificité au D800E (l'absence de filtre anti-aliasing) est accompagné de quelques mises en garde de la part de Nikon (et des revendeurs) par rapport au D800 "simple" : en effet, l'absence de filtre peut entraîner du moiré et tous les phénomènes visuels liés à cela. Pour remédier à ce biais, Nikon™ livre avec cet appareil la dernière version du logiciel Nikon Capture NX 2, permettant de traiter le moiré et surtout les plages de fausses couleurs caractéristiques qui l'accompagnent souvent. Les photographes utilisant déjà des dos moyens format numériques (Hasselblad ou Phaseone par exemple) sont familiers avec ces phénomènes visibles en photographie mettant en scène du textile ou des textures répétitives (architecture). Des logiciels comme Capture One traitent déjà le moiré avec efficacité et la toute dernière version de Lightroom propose également une atténuation du moiré par correction locale.

Le D800E est donc destiné aux photographes désireux de tirer le maximum de définition de la résolution élevée du D800, tout en étant préparés - comme les utilisateurs de dos moyen formats numériques - à gérer les problèmes que cela peut engendrer lors de la prise de vue ou au traitement.

 

Une séance portrait en studio

Le studio est a priori un terrain de prédilection pour le D800E. Nous avons pour cela réalisé une série de portraits simples avec Aurélie. Pendant cette séance, nous voulions réaliser une photo comparative avec le D700 pour apprécier l'évolution réalisée par le D800 sur son estimé prédécesseur... Nous n'avions qu'un D3 à disposition, la photo comparative a donc été réalisée avec. Le lecteur ne nous en tiendra pas rigueur, sachant que D3 et D700 partagent le même capteur et le même processeur de traitement.

Les conditions de prise de vue sont celles assez classiques du studio : shoot à diaphragme assez fermé avec le 70-200 f/2.8 VR I (entre f/8 et f/11) et lumière flash Elinchrom.

Les images comparées

La sensibilité native du D3/D700 étant de 200 ISO, nous avons du utiliser le mode L1 émulant 100 ISO sur le boîtier. Les puristes diront que le fichier perd en qualité et ils auront raison. Qu'ils soient rassurés, nous avons aussi réalisé ce test à 200 ISO, et le résultat - ou plutôt le fossé - est le même.

D3 et D800E

 

 

Nous rappelons que l'affichage alternatif ci-dessus ne permet pas de juger du piqué/netteté (les fichiers étant dégradés par le blog). Cependant cet exemple de vue globale permet d'apprécier le pas en avant fait en terme de modelé et de dynamique sur le fichier du D800E. La lumière est exactement la même sur les deux portraits, et elle semble pourtant différente à la vue de cette comparaison ! Les ombres sont moins denses et plus nuancées sur le D800E (pull, yeux), et il en va de même pour les hautes lumières (cheveux blonds sur le dessus de la tête). L'image est moins contrastée et les couleurs légèrement plus naturelles également.

Sur les détails que nous vous montrons ci-dessous, nous avons ramené le fichier du D800E à la même taille que celui du D3 (12 megapixels) pour juger de façon à peu près équitable du gain en dynamique et modelé (la définition étant bien évidemment très largement supérieure sur le D800E). Nous insistons sur le fait que ces images ne sont ni développées ni retouchées, seulement converties en TIF 16bits sous Lightroom 4, puis recadrées et converties en jpg sous Photoshop.

D3 et D800E

Outre la différence de définition (que l'on aperçoit déjà), on distingue surtout la différence de rendu général, les nuances beaucoup plus nombreuses dans le blond des cheveux et les détails dans les ombres. Ce point est particulièrement flagrant sur les yeux. Sur ce détail des yeux, on peut d'ailleurs apprécier aussi le rendu de la teinte chair qui a évolué de façon impressionnante.

On comprend donc assez facilement que le capteur plein format et les processeurs l'accompagnant ont évolué de façon importante par rapport à la génération précédente (D3/D700). Notons d'ailleurs que cette évolution est également valable pour le D800 "simple".

Très haute définition et portrait

Ce boîtier étant avant tout destiné aux photographes exigeants, il nous semble que proposer un fichier haute définition en téléchargement est indispensable, afin que chacun se fasse son idée de la qualité de ce boîtier. Inutile de rappeler que - tout comme le D800 - il est tout à fait indispensable de monter une optique de très haut niveau afin d'en tirer le maximum. Mais nous reviendrons sur ce point un peu plus bas, dans la comparaison d'images entre D800 et D800E.

Voici donc un portrait en haute définition à télécharger (fichier de 16 Mo environ) :

  • D800E, 1/160ème, f/11, 100 ISO (objectif 70-200 VR I)
  • lumière studio
  • fichier Raw 14 bits converti en JPG "qualité maximale" sous Lightroom 4 (tous les réglages par défaut)
  • aucune retouche

 

D'un point de vue plus général, la séance portrait en studio s'est déroulée parfaitement. L'autofocus a bien accroché le sujet, même dans les cas où la lampe pilote était à faible puissance avec un sujet un peu dans l'ombre. Comme son cousin, le D800E met un peu de temps à afficher les images sur l'écran et cela prend aussi quelques instants (environ une - longue - seconde) pour afficher l'image à 100% afin de juger de la netteté ou de vérifier le détail d'un maquillage. Lors d'une succession rapide de prise de vue, il est assez courant que l'appareil affiche une image de retard et mette un peu de temps à afficher la dernière image de la séquence. A la vue du poids des fichiers, cela n'est guère étonnant et c'est une belle performance comparée aux dos moyen format. Dans l'ambiance sombre du studio, l'écran LCD arrière en luminosité automatique a été agréable et reproduit de façon correcte l'image et ses nuances.

En shoot connecté avec Nikon Camera Control Pro 2, tout se déroule bien également. L'import des images sur l'ordinateur (un Mac book pro en l’occurrence) est rapide. De plus, il est facile et assez confortable de vérifier rapidement la netteté grâce à Nikon ViewNX (automatiquement lié à Camera Control en connecté). Attention cependant aux mauvaises surprises pour les étourdis : il faut utiliser un câble spécial USB3 fourni avec l'appareil et non un câble mini-USB 2 classique pour ce genre de prise de vue avec les D800E et D800. Ce câble USB 3 un peu plus difficile à connecter à l'appareil mais présente l'avantage de ne pas se désengager au premier mouvement du boîtier. Il n'est donc pas nécessaire de le fixer à l'aide de gaffer (comme ça peut être le cas avec d'autres boîtiers).

Il suffit d'ouvrir le fichier image (téléchargeable au dessus) pour comprendre l'intérêt de la très haute définition en portrait studio : Outre des agrandissement de taille impressionnante en haute résolution, cela permet aussi une retouche extrêmement fine des détails, afin d'obtenir une image à la finition impeccable. On peut voir par exemple quelques légers défauts de maquillage sur la lèvre supérieure qui seront assez facile à retoucher avec cette définition. Cela serait moins facile et moins précis à partir d'un fichier de moindre résolution. Sur un portrait en pied, on aura accès à un bon niveau de détail sur le visage, on pourra donc envisager une retouche de celui-ci, chose impossible sur un fichier de seulement 12 ou 16 megapixels.

Paysage, D800 vs D800E

Pour la seconde phase de test et comparatif avec le D800E, nous avons opté pour du paysage urbain à la tombée de la nuit. Nous avons ainsi pu apprécier la tenue du boîtier en pose longue, la restitution des détails fins et des contrastes. Nous avons enfin pû comparer D800 et D800E sur une vue identique, appréciant ainsi la différence entre les fichiers et également sur tirages A3.

Toutes les images de ce test ont été réalisées sur trépied carbone Gitzo, en mode miroir relevé afin d'éviter tout problème de flou lié à la vibration... L'optique utilisée était un zoom Nikon 24-70 f/2.8 N neuf (afin d'éviter les problèmes rencontrés lors du test du D800, avec un objectif mal centré). Les images présentées sont des JPG issus directement du boîtier, avec ses réglages par défaut (sauf la réduction du bruit pose longue activée)

Voici donc notre image test, les quais du Rhône, à la tombée du jour :

Voyons maintenant les fichiers image du D800E à f/11 avec quelques recadrages, détails fins à la taille réelle des pixels (sans retouche ni accentuation) :

Bateau

Immeuble

On peut déjà apprécier un beau contraste naturel dans le côté sombre du spectre (détail bateau) ainsi qu'un niveau de détail élevé sur l'immeuble. Notons en passant qu'on pouvait s'attendre à du moiré sur les tuiles de l'immeuble, mais aucun phénomène de ce genre n'apparaît ici. Pas de moiré à corriger donc sur ce test...

Essayons de comparer à présent ces même détails entre D800E et D800 :

 

Cliquez ici pour voir la taille réelle des pixels

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D'emblée, on peut constater plusieurs choses :

  • la restitution des détails fins est légèrement meilleure sur le D800E. Cela n'est visible qu'à la taille réelle des pixels et il faut se pencher sérieusement sur le fichier pour le voir.
  • le contraste est plus marqué sur l'image du D800E, cela est particulièrement visible sur les feuillages de notre exemple ci-dessus
  • les coins de l'image sont légèrement moins affectés par la perte de piqué de l'objectif sur le D800E que sur le D800

Sur les tirages papiers A3 (réalisés sur traceur jet d'encre Epson Stylus pro 7890), ce qui marque à première vue est la différence de contraste, plus que la différence de piqué. En se penchant de plus près sur le tirage, on perçoit effectivement l'avantage du D800E pour la restitution des détails, sur l'ensemble de l'image. Aucun doute que sur un tirage plus grand, le D800E tire encore un peu davantage son épingle du jeu sans avoir à coller le nez sur l'image.

Nous avons également été curieux au point d'observer comment se comportaient les deux boîtiers cousins face au phénomène de la diffraction. Nous avons donc réalisé les même images à f/22 (dans les même conditions) afin de comparer. Inutile de ménager le suspens plus longtemps : sur les deux boîtiers cousins, vu la très haute densité de pixels, les D800(E) sont très sensibles au phénomène de diffraction. Le piqué diminue visiblement à partir de f/13, et s'effondre littéralement sur toute l'image à f/22.

Cependant, notre test permet de mettre en avant que le D800E supporte mieux le phénomène que son collègue D800. La preuve en image, toujours en jpg brut de boîtier.

Cliquez ici pour voir la taille réelle des pixels

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Les photographes travaillant régulièrement avec un diaphragme très fermé privilégieront sans doute le D800E rien que pour cette capacité à conserver un micro-contraste correct à f/22. Une chute du piqué très importante est cependant observée, dans des proportions tout à fait comparables à celles du D800.

Une fois de plus, dans notre politique de laisser aux lecteurs se forger leur avis à partir des fichiers, voici les images JPG brut haute définition utilisées pour les impressions de ce test (avec seulement du texte ajouté au bas de chaque photo pour simplifier la comparaison sur papier)

Le moiré

Nikon met en garde les utilisateurs de D800E contre un phénomène optique appelé le moiré. Ce phénomène est théoriquement présent sur tout capteur utilisant une matrice à la structure régulière comme c'est le cas des capteurs de nos appareils numériques modernes. Cela n'existe pas sur un capteur du type film, car les grains photosensibles ne sont pas réparties en structure régulière... C'est donc tout simplement un phénomène de résonance en image auquel on peut assister.

Ce type d'artefact visuel peut être gênant car il affecte à la fois le rendu géométrique de la surface d'un sujet, tout en créant un motif coloré assez désagréable. L'artefact coloré est à présent bien maîtrisé par les logiciels de développement type Capture NX2, Capture One ou Lightroom. Le traitement de l'altération géométrique n'est que rarement géré... Nous avons dû faire face lors de ce test à un cas de moiré en studio sur un textile : l'artefact coloré a disparu avec succès sur tous les logiciels précités, mais aucun n'est parvenu à effacer le motif géométrique (qui a du être retouché à la main sous Photoshop).

Il est cependant bon de constater que sur tous les autres tests, y compris en paysage urbain, le problème du moiré a été extrêmement discret : il ne s'est jamais montré un obstacle insurmontable et omniprésent.

Le D800E au travail, avec La Griffe Studio

Nous avons pû utiliser le D800E pour une commande, dans le cadre d'une production de La Griffe Studio, photographie mode et publicité. Nous étions donc sur le terrain, avec le D800E + 24-70 mm f/2.8 pendant une journée. Nous avons shooté en plein soleil avec un flash Elinchrom Ranger RX. Nous devions travailler avec un diaphragme très fermé pour obtenir une profondeur de champ maximale.

Le D800E s'est montré un outil de travail performant, capable de produire des images détaillées et avec des ressources dynamiques importantes. Nous avons pû apprécier la neutralité du rendu et la douceur intéressante des transitions ombre/lumière. Le problème du moiré ne s'est fait sentir à aucun moment tandis que la diffraction (que ne vous avons observé puisque nous avons travaillé essentiellement à f/16) fournissait des images assez douces, mais faciles à accentuer ensuite en post-production.

Du coté de la post-production justement, il faut tout de même noter que nous avons rencontré des difficultés à conserver un vert naturel pour le gazon, le spectre vert du Nikon comportant énormément de jaune, rendant cette couleur difficilement contrôlable avec des courbes.

Voici une image brut issue de ce shoot, uniquement convertie à partir d'un raw 14 bits en JPG sous Lightroom4, sans autre forme de développement avec tous les paramètres par défaut.

Informations image : f/16 - 1/200ème - 200 ISO

Une portion de l'image à la taille réelle des pixels

Vous pourrez trouver l'image dans sa version finale retouchée sur le site de La Griffe.

Conclusion

Il est difficile de tirer une conclusion raisonnable et universelle, chaque photographe ayant ses besoins et exigences particulières. Nous avons essayé de montrer les capacités de ce boîtier le plus simplement possible, avec des images réalisées dans des conditions de test assez strictes tout en étant liées à une pratique sur le terrain.

Le D800 est un excellent boîtier, qui marque une avancée importante en terme de qualité d'image par rapport à la génération précédente. Le D800E pousse un tout petit peu plus loin encore la qualité d'image et permet - au prix de quelques sacrifices qui ne nous ont vraiment pas semblé insurmontables - de tirer encore un peu mieux parti de ce capteur audacieux.

Il présente les même limites que le D800, à savoir des fichiers lourds qu'il faut savoir stocker et gérer, une grande exigence sur les optiques utilisées, une autonomie un peu timide, en ajoutant à celles-ci une contrainte de post-traitement pour les cas où le moiré serait présent.

Au final, le D800E semble une réussite aussi impressionnante que le D800, avec ce petit gain supplémentaire en définition et des inconvénients très mesurés. A notre sens, le possesseur de D800 n'aura guère besoin d'un D800E s'il a le temps et les connaissances pour post-traiter ses images, mais l'utilisateur d'une génération précédente de boîtier Nikon (D300, D700, D3) saura utiliser ce test pour faire le choix qui lui convient le mieux.

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Par Thomas Carrage, le 03/07/2012 | Catégorie : Test produit