Les derniers boîtiers Nikon 1/4 : le D4

Pour ce troisième article sur le blog Kelvin-pro, nous vous proposons un retour d'utilisation sur les derniers-nés des boîtiers Nikon™. Nous avons utilisé pendant une semaine les deux boîtiers D4 et D800. L'un est l'appareil destiné aux professionnels et reporters, avec tous les raffinements et innovations qui vont de paire avec ce genre d'outil, tandis que l'autre - avec sa résolution élevée - est destiné avant tout aux utilisateurs experts, amateurs de paysages et portraitistes en studio. Nous n'avons pas encore pû utiliser de D800E de série, une mise à jour sera effectuée lorsque nous aurons utilisé celui-ci.

Nous vous proposons un test en trois temps :

  • nous ferons dans le premier article un tour le plus complet possible du D4, avec une comparaison rapide effectuée avec le D3s
  • nous verrons ensuite en détail le D800 dans un second article
  • pour finir, nous comparerons les deux boitiers, sur le plan de l'ergonomie, de l'efficacité sur le terrain et surtout de la qualité d'image (en haute et basse sensibilité) à partir de tirages photo haut de gamme, afin de juger au mieux la réalité du gain de résolution apporté par le D800. Tout cela sera donc séparé en trois articles, pour faciliter la lisibilité de l'ensemble.

Le boitîer professionnel Nikon D4

Ergonomie et design extérieur

A la première prise en main, le boîtier semble un peu plus léger qu'un D3 ou D3s et le revêtement extérieur a un peu changé. La sensation est légèrement plus "rugueuse", ce qui n'est pas une mauvaise chose, mais au niveau des dimensions, cela semble avoir très peu changé et en tant qu'utilisateur de série D3, on ne sent pas troublé. Le boîtier semble un peu plus profilé et avec des courbes adoucies, mais les commandes essentielles sont à leur place habituelle et on peut dès le premier instant commencer la prise de vue sans avoir à s'interroger.

Sur l'écran de contrôle supérieur, on ne note aucun changement flagrant à première vue. Pourtant on s'aperçoit que l'on a un nouveau boîtier en main avec un examen un peu plus précis, remarquant l'apparition de :

  • un indicateur de type de carte embarqué (CF ou XQD)
  • deux pictogrammes dédiés à l'autofocus, permettant de faire un tour complet sur les modes AF actifs (AF-S, AF-C, auto, 3D, suivi dynamique etc.) en un coup d'oeil (nous ferons un point plus complet dans la suite sur l'autofocus ainsi que les changements ergonomiques qui sont liés)
  • un pictogramme indiquant le mode de mesure de lumière choisi (matricielle, spot ou pondérée)
  • une mention "ADL" indiquant l'activation de l'option "Active D-Lighting" (traitement embarqué sur lequel nous reviendrons plus tard dans cet article).

 

L'illumination discrète des boutons arrières et de l'indicateur de motorisation (simple, continu haute vitesse, silencieux etc.) en même temps que celle des écrans de contrôle supérieur et inférieur est une petite nouveauté qui montre le soucis apporté au détail sur ce boîtier pro. Le rétro-éclairage est toujours d'un vert pâle agréable et bien lisible, tandis que la lueur des boutons est blanche et discrète.

Le dôme de réglages associé à la roulette de sélection de motorisation sur le haut de l'appareil (à gauche du viseur) a aussi changé, au niveau de l'apparence comme au niveau des fonctions proposées. Lui aussi s'illumine légèrement sur demande.
Au niveau ergonomique, ce dôme est à présent "fermé" sur le devant du boîtier : on imagine que cela permet une meilleure résistante aux projections humides de l'ensemble et évite de glisser accidentellement sur un réglage.

Pour les fonctions, la roulette propose un mode "Q" comme "Quiet" (silencieux), inaugurée sur le D3s. On a donc accès - en un coup de roulette - aux modes de prise de vue suivants :

  • S: "Simple" (one shot)
  • Cl : "Continuous low", soit rafale lente (réglable par l'utilisateur de 1 à 10 images par seconde)
  • Ch : "Continuous high", soit rafale rapide (réglable par l'utilisateur à 10 ou 11 images par seconde)
  • Q : "Quiet" silencieux, qui temporise la remontée du miroir. Le photographe choisi lui-même le moment de la remontée du miroir, en relâchant le bouton du déclencheur (déjà présent sur le D3s)
  • Retardateur (symbolisé par un cadran d'horloge) : réglable par le menu utilisateur, 2, 5, 10 ou 20 secondes. Notons que l'on a également accès par le menu à un intervallomètre, qui permet de réaliser jusqu'à 9 prises de vue, avec entre 0,5 et 3 secondes d'écart entre chaque vue. Tout à fait idéal quand il est couplé avec la fonction bracketting que l'on verra plus tard. Il suffit pour cela de choisir dans le menu le nombre de vues à réaliser avec le retardateur (et l'écart entre chacune). Si une seule vue est validée, c'est alors un retardateur "simple" auquel on a à faire. Si 2 ou plusieurs vues sont validées, alors c'est l'intervallomètre qui fonctionnera.
  • Mup : "Mirror Up", miroir relevé, pour les prises de vue sensibles au vibrations éventuelles engendrées par la remontée du miroir.

Un très léger crantage de cette roulette permet de mieux savoir où l'on va dans ces modes et - couplé avec la légère illumination - l'utilisateur peut choisir son mode en toute sérénité dans le noir.

Un petit changement intervient aussi sur les trois boutons supérieurs de ce dôme-roulette (eux aussi illuminés le cas échéant). Nous avons comme fonctions (toujours en combinant ces boutons avec l'action des molettes principales du boîtier) :

  • Flash (symbolisé par un éclair de flash) : il permet de régler les différents modes du flash "cobra" (éventuellement monté sur la griffe de l'appareil). On peut choisir le mode approprié (simple, second rideau etc.) et demander une compensation d'exposition de la lumière du flash.
  • Bracketting (BKT) : ce bouton donne accès à la fonction de bracketting, qui permet de réaliser de 3 à 9 vues d'une même scène, en faisant varier automatiquement l'exposition, le tout avec 0.3, 0.7, 1, 2 ou 3 diaphragmes de différence entre les vues. Comme cela a été dit plus haut, cette fonction est idéale quand elle est couplée avec l'intervallomètre disponible en mode retardateur.
  • Mode de mesure de lumière : on peut choisir entre matricielle, pondérée centrale et spot. Cela ne change pas par rapport aux autres boîtiers et existe depuis les débuts de Nikon. Sur les D3 et D3s, ce bouton se trouvait sur le coté du prisme, devant la correction dioptrique.

Notons que le bouton L "Lock" disparait au profit du bouton de réglage des modes de mesure de lumière. Ce bouton permettait sur le D3 ou D3s de verrouiller une (ou les deux) molettes principales de réglage. Cette disparition n'est pas à déplorer selon nous, ce verrouillage étant relativement peu utilisé par une grande majorité des utilisateurs.

Le logement de carte mémoire a changé, ainsi que l'ergonomie d'ouverture de celui-ci. Le bouton permettant de débloquer l'ouverture de la trappe est un peu moins enfoncé et il est donc plus accessible : on peut à présent ouvrir ce compartiment sans aucun problème avec le pouce uniquement, cela représente un petit gain de confort par rapport au D3/D3s. Au delà de ce petit changement (mais qui montre le soucis apporté par Nikon aux détails ergonomiques), on constate la disparition de l'emplacement pour une seconde carte CF, au profit d'un nouveau format "XQD", plus compact sans être aussi miniature que les SD(HC). Difficile de donner un avis sur ce choix à l'heure actuelle. Une carte XQD de 16 Go est fournie avec le D4, mais nous n'avons pas eu l'occasion de l'utiliser. Sur le papier, ce format semble extrêmement performant, mais demande aux utilisateurs de changer leur matériel et leurs habitudes. En tant qu'utilisateur de D3 et étant bien pourvu en cartes CF haut de gamme, cela est déstabilisant de devoir utiliser plusieurs formats. Nous trouvons donc cela relativement désagréable, même si les performances des XQD pourraient être prometteuses.

 

Au rang des changements mineurs d'ergonomie, notons la légère modification du bouton "microphone" destiné aux notes audio (très pratique en reportage pour garder une trace du nom des personnalités photographiées, ou de divers éléments que l'on n'a pas le temps de noter sur du papier). Ce bouton est à présent un tout petit peu plus difficile à tenir enfoncé avec les ongles courts.

Un élément capital pour le photographe est le viseur. Celui du D4 est excellent, avec un dégagement oculaire correct de 18mm qui le rend assez confortable pour les porteurs de lunettes également. Il est aussi plus neutre et froid en terme de couleur que le viseur des D3 et D3s, qui apparaissent légèrement chauds en comparaison directe. La correction dioptrique (-3, +1) permet aux porteurs de lunettes à correction modérée de shooter sans lunettes, ce qui est confortable.
L'autre élément capital est l'écran ACL arrière, qui a été légèrement agrandi (3,2 pouces contre 3 pouces sur le D3s), tout en conservant la même résolution. Il apparait un peu "chaud", moins neutre en comparaison directe par rapport au D3 et D3s (alors que le viseur du D4 paraissait au contraire un peu plus neutre!). Notons que cet écran arrière peut ajuster automatiquement sa luminosité selon la lumière ambiante grâce à un petit capteur discret sur l'arrière du boitier. Cela permet d'éviter de se retrouver avec un écran lumineux qui éclaire et distrait la moitié de l'audience dans une salle de concert sombre ou lors d'une cérémonie à l'église. Encore un détail qui montre que Nikon attache de l'importance aux détails et aux retours d'utilisateurs. L'écran est très lisible au soleil et sur un angle très large.

L'autofocus

Le D4 propose un système autofocus "MultiCAM 3500FX" amélioré. Nous avons pour cela soumis le boîtier à un test simple, mais revenons d'abord sur les changements ergonomiques liés à l'autofocus.

Ce changement ergonomique est le seul point qui peut désorienter un utilisateur de D3 ou D3s : le réglage de l'autofocus se fait de façon différente sur le D4. Le loquet de changement de type d'autofocus - tout près du bouton de déverrouillage de l'objectif sur la face avant - ne comporte à présent que "AF" et "M" comme positions. On l'utilisera donc uniquement pour désactiver l'autofocus. C'est ce loquet que l'on utilisait sur les D3 et D3s pour passer des modes AF Simple à AF Continu ou Manuel. Sur le D4, ces réglages sont toujours présents évidemment et pour passer d'un autofocus en mode "Simple" (single, one shot) à un autofocus continu (ai-servo pour les canonistes), il faut à présent presser sur le petit bouton présent sur ce loquet AF et utiliser la molette arrière pour passer d'AF-S à AF-C. Avec ce même bouton, combiné cette fois avec la molette avant, on peut également changer le type d'AF : auto, simple collimateur, dynamique, suivi 3D etc. Même si cela peut paraître compliqué expliqué ainsi, le réglage de l'autofocus est en fait plus pratique, plus complet et il est très rapide de s'adapter à une nouvelle situation. Sur le D3 ou D3s, il fallait passer par un loquet à trois positions situé sous le pad arrière, afin de régler le type d'AF (collimateur simple, suivi dynamique ou auto). Sur le D4, tout est donc accessible sur un même loquet-bouton qui combine toutes les options : plus pratique, d'autant plus que les informations concernant les changements de l'AF apparaissent non seulement sur l'écran de contrôle supérieur, mais aussi dans le viseur optique. On peut donc opérer ces changements tout en gardant l'oeil dans le viseur. Les collimateurs prenant la forme du mode adopté (et un texte apparaissant en bas précisant le mode sélectionné).
Ce loquet-bouton sert également à régler l'autofocus en mode vidéo, mais nous reviendrons plus tard sur ce point.

Pour tester les performances de cet autofocus amélioré, nous nous sommes placés dans des conditions studio (dans une pièce noire) avec des torches studio en n'utilisant que les lampes pilotes de celles-ci (200 W environ), réglables en puissance, avec boîte à lumière. La lampe pilote baissée à la puissance minimale et considérablement écartée du sujet produit une lumière à peine visible pour l’œil humain.

  • Discrimination : Le D4 obtient une mise au point précise dans des zones où l'on ne distingue plus vraiment les détails à l'oeil humain. Dans ces même endroits, extrêmement sombres et peu contrastés, la mise au point avec un D3/D3s se fait également, mais c'est plus hésitant. Avec le D4, on ne sent pas de difficulté (du moins avec le collimateur central). Nous n'avons pas vraiment eu la sensation que l'AF est plus discriminant que le D3s, mais que le D4 était bien plus véloce et "sûr de lui".
  • Rapidité : ce point est difficile à juger et il nécessite un test étendu à lui seul, notamment en terme de suivi dynamique d'objet mobile. Comme nous l'avons déjà vu au-dessus, la mise au point autofocus sur le D4 est plus véloce que sur les D3 / D3s. Cela se sent bien avec des téléobjectifs comme le 70-200 mm VR II, ou des téléobjectifs plus longs et lumineux. Sur le 300 mm f/2.8 VRII, la moindre pression à mi-course du déclencheur engendre une mise au point "instantanée", plus rapide en tout cas qu'avec un D3 ou D3s sur le même objectif et cela peut se ressentir sans avoir recours à des mesures. On a du mal à imaginer une mise au point plus rapide en tout cas... Le gain de rapidité est moins évident avec un zoom comme le 24-70 mm f/2.8 et encore moins marquée avec une optique comme le 50 mm f/1.4 G.

Au rang des petits changements qui apportent un peu de confort d'utilisation, nous remarquons la détection par l'AF de l'orientation du boîtier (verticale ou horizontale) ainsi que la possibilité pour l'utilisateur d'avoir un collimateur différent pour les deux orientations. Nous notons aussi la possibilité de faire une boucle dans la sélection des collimateurs (une fois arrivé en butée sur le dernier collimateur à droite, on peut choisir de "recommencer" à repartant de l’extrémité gauche, idem pour l'axe vertical)
Pour résumer, l'autofocus du D4 est plus rapide et plus percutant (dans sa capacité à se stabiliser immédiatement sur le sujet) que celui de ses prédécesseurs et cela est particulièrement flagrant sur les téléobjectifs. Aucune amélioration apparente n'est discernable sur la capacité à discriminer un sujet dans l'ombre (et à vrai dire, on est en droit de se demander si cela est possible vu les performances actuelles).

Qualité des fichiers

Après ce premier tour sur le boîtier en lui-même, son ergonomie et son autofocus, passons aux images.

La sensibilité iso :

Comme on peut s'y attendre sur ce genre de boitier dédié au reportage, la montée en ISO est exemplaire. Le D4 propose une sensibilité native de 100 ISO et une montée sans extrapoler à 12 800 iso (il descend par quelques astuces de traitement à 50 ISO, tout en montant à 204 800 ISO).

Nous avons testé le D4 dans des conditions de lumière difficile reproduite en studio, avec une lampe pilote (à incandescence) réglée au minimum et une boîte à lumière par-dessus pour la diffusion. A titre indicatif, pour exposer correctement notre scène test, il faut 1/50 ème, f/4 à 3200 ISO, ce qui est relativement courant en conditions de reportages "basse lumière". Le test est effectué sur trépied, à 200 mm f/4, avec le dernier Nikon 70-200 VR II. Il est à noter que nous avons comparé le D4 au D3s lors de cette session (merci à Dominik Fusina pour le prêt) et nous vous proposerons quelques images comparatives. Toutes les images du test concernant la sensibilité ISO sont issues de raw développés en TIF 16 bits sous Lightroom 4, sans aucune modification, puis convertis (et réduits sans accentuation) en format jpg sous Photoshop. A noter que les fichiers sont réduits par le blog à 620px de large. Assurez-vous de cliquer sur les liens pour voir les fichiers originaux (et les crop 100% en taille réelle).

Pour évaluer le bruit dans des conditions réelles, nous avons procédé à des tirages 30 x 45 cm haut de gamme sur papier Canson Glossy à partir d'une imprimante jet d'encre Epson Stylus pro 7890. A 3200 et 6400 ISO, le bruit est encore extrêmement discret et passe inaperçu sur ces tirages, et l'image garde un contraste très naturel et une dynamique étendue (nous mettons à votre disposition le fichier original 6400 ISO en haute résolution qui se télécharge en cliquant ici).

En comparant avec le D3s, boîtier pro de la génération précédente, on ne constate qu'un gain de résolution, mais guère d'avancée flagrante en terme de gestion du bruit et des couleurs en haut ISO :

Voici un aperçu d'un détail à 6400 ISO :

Un autre détail à 6400 ISO permettant d'apprécier la gestion des couleurs et l'apport d'une plus haute résolution pour les détails :

A 12 800 iso, bien que le bruit monte d'un cran, il est encore discret sur le tirage. On perd par contre en contraste de façon visible et cela est surtout sensible sur les grandes plages sombres (arrière-plan). Les couleurs sont un peu plus saturées et cela compense la perte de contraste sur les zones très colorées (piles bleue et jaune). On perd également en dynamique : le prisme métallique au dessus de la marque perd notablement en détail, mais elle reste bonne dans les basses lumières grâce à la perte de contraste. Nous mettons à votre disposition le fichier haute résolution à 12 800 ISO pour vous faire une idée par vous-même.

On peut dire que le piqué est encore intact jusqu'à 25 600 ISO et cela sans dérive de couleur dérangeante, à mesure que le grain monte surtout dans les zones sombres et que l'on perd du contraste. Au delà, la qualité d'image se dégrade fatalement et une dérive bleue est constatée sur notre exemplaire à partir de 51 200 ISO (H2), dérive moins visible sur le D3s. Le niveau H4 (204 800 ISO) nous semble un gadget destiné avant tout au marketing tant la qualité d'image est déplorable (dérive bleue importante, piqué presque totalement effacé, bruit chromatique important). Cela restera dédié à rapporter des images comme documents dans des conditions plus qu'extrêmes.
De façon générale, nous saluons donc la qualité d'image en haut ISO qui est excellente et probablement la meilleure du marché à l'heure actuelle. Cependant, nous ne constatons pas de différence flagrante - hormis la résolution supérieure - avec le D3s sur ce domaine. Pour les utilisateurs de D3s en photo sportive ou animalière, dont les clients ou agences réclament plus de 12 megapixels, le D4 répond à leur attente avec 4 megapixels de plus par rapport au D3s tout en conservant toutes les qualités "haut ISO" de ce dernier. En revanche, pour ceux qui avaient besoin de 102 400 ISO propres, ce boîtier n'y parvient pas plus que le D3s. Nous rappelons que notre tirage 30 x 45 cm (l'équivalent d'une double page donc) à 12 800 ISO montre un piqué encore très présent est une qualité d'image générale très bonne à distance d'observation classique (50cm environ).

Cependant, n'oublions pas dans ce comparatif D4-D3s un point capital : la sensibilité native du D4 est de 100 iso, et non pas de 200 iso comme le D3s. Nous avons donc bien un gain d'un IL (désormais assez classique quand on avance d'une génération de boîtier), mais ce gain s'opère "par le bas" cette fois-ci !

La dynamique :

Un boitier pro comme le D4 est attendu avant tout sur sa réactivité et la sensibilité iso, mais de plus en plus aussi sur la dynamique du capteur. La dynamique se manifeste sous plusieurs formes et l'on pense souvent à la capacité d'un appareil à capter les hautes lumières (comme Fuji l'avait fait avec ses S3 et S5 Pro il y a quelques années). Nous allons voir si Nikon™ nous offre une avancée dans ce domaine avec le D4.

Ci-dessous, une image avec flash de studio, à 100 ISO, f/14, 200 mm sur le 70-200 VR II. Disponible en haute définition en cliquant sur le lien précédent

Le tirage 30 x 45 cm (toujours effectué sur papier Canson Glossy à partir d'une Epson Stylus pro 7890) est extrêmement bon : les détails sont restitués avec finesse (métal piqueté autour de la marque), le fond de l'objectif est bien visible et le contraste est d'un naturel superbe (et cela est aidé par le papier glossy). Le revêtement cuir/leatherette de l'appareil vintage est très croustillant tandis que le métal du prisme montre tous les détails de sa texture brossée. Comme l'on pouvait s'y attendre, aucun grain n'est visible à 100 iso même en collant le nez sur ce 30 x 45cm.

Après de longues sessions de shoot, nous pouvons constater que les images brutes issues du D4, en basse et haute sensibilité, sont relativement peu contrastées. Mais ce qui apparait à première vue comme un contraste faible s'avère être en fait une capacité à légèrement mieux modeler les basses lumières (coté sombre du spectre). La différence est sensible par rapport au D3s et assez flagrante par rapport au D3.
Le D4 ne réalise cependant pas de révolution "HDR direct en sortie de boitier" tel que notre cerveau peut le faire à partir des informations fournies par nos yeux.
Le gain de dynamique se manifeste aussi lors du traitement des images : en portrait, une teinte chair sous-exposée de plusieurs diaphragmes et ré-exposée lors du traitement du fichier raw sortira avec un naturel agréable en terme de colorimétrie (et relativement peu de bruit). Cela montre que le fichier de D4 possède énormément de ressources dans les basses lumières et sait les interpréter avec qualité. Le point suivant concernant le D-Lighting est d'ailleurs directement lié à cela.

Active D-Lighting :

La fonction D-Lighting intégrée a été encore améliorée. Pour rappel, cette fonction est particulièrement adaptée aux scènes à fort contraste, permettant de déboucher les zones sombres avec un rendu assez naturel. Cela est bien évidemment possible en post-traitement à partir d'un fichier raw, mais cette fonction permet aux photographes souhaitant exploiter directement des fichiers jpg de l'appareil photo de bénéficier d'une dynamique sur l'image se rapprochant au maximum de la perception humaine. Cette fonction possède à présent cinq niveaux, de "automatique" à "très élevé" et fourni des images à la dynamique augmentée toujours en travaillant essentiellement sur les basses lumières. Voici un exemple (et le crop 100%) permettant de se rendre compte de l'utilité de cette fonction :

Ci-dessous vous pouvez voir l'effet de l'Active D-Lighting (ADL) en mode "très élevé", sur une image de reportage en contre-jour à 800 ISO :

Sans Active D-Lighting (ADL)

Avec Active D-Lighting (ADL)

Un crop 100% d'une partie bien contrastée en bas des deux images ci-dessus permet de se rendre compte du travail de l'ADL et aussi de voir le niveau de dégradation engendré par cette opération sur une image "standard" à 800 ISO.

On constate sur ces deux images "jpg direct" de l'appareil, que le boîtier est parvenu à conserver une bonne partie des hautes lumières intactes, rehaussant les basses lumières de plusieurs IL tout en les saturant de façon adaptée. Au final, le rendu de la scène avec ADL est bien plus proche de ce que l’œil humain perçoit sur le terrain.

Vidéo

N'étant pas un spécialiste de la vidéo, je passe volontiers mon tour sur ce chapitre. D'autres photographes (ou vidéastes) ont réalisé des clips avec le D4 et il est préférable de lire leurs retours d'utilisation, qui seront assurément plus pertinents et complets. Sur le papier le D4 semble performant dans ce domaine et l'autofocus permanent avec détection de visages semble fonctionner correctement (bien que pas aussi rapidement comparé au suivi 3D de l'AF photo). La qualité des quelques séquences que nous avons tourné rapidement semble bonne en terme de rendu, couleurs, "rolling shutter" etc. En conditions de faible luminosité, le capteur du D4 fait merveille et délivre une image vidéo très propre tout en conservant du piqué. Les fichiers sont par défaut au format "mov", facilement montables sur les logiciels Apple. La présence d'une sortie HDMI permet aussi d'enregistrer le flux sans compression directement sur un dispositif de stockage externe.

Éléments divers et remarquables

Au niveau de la restitution du piqué, il est à noter que le D4 semble fournir des images très légèrement plus fines, comparé au D3 et D3s. Nous n'évoquons pas ici la résolution brute (qui évidemment fourni un peu plus de détails), mais bien la restitution du piqué de l'objectif. Cela est difficile à quantifier et à montrer en image, mais nous constatons que même sur des tirages papier de taille modérée (20 x 30 cm), les images du D4 sont légèrement plus croustillantes (en se basant sur des jpg directs issus des deux appareils réglés par défaut). Cela n'est peut-être du qu'à un réglage par défaut de l'appareil.

L'autonomie a évolué aussi, mais dans un sens un peu inattendu, suite à un changement de norme au Japon : en effet, l'autonomie semble avoir légèrement baissé et lors de nos tests (avec une batterie neuve), nous n'avons guère pu dépasser les 1500 images avec une charge complète (en utilisant largement la visualisation écran arrière et des objectifs VR gourmands en énergie). A noter qu'un travail a été fait sur la mécanique du boîtier pour que le mode vidéo consomme peu. En fait, l'énergie nécessaire à maintenir le miroir relevé est à présent presque nulle. Cela fera le bonheur des photographes pratiquant la pose (très) longue ou utilisant beaucoup le liveview.

L'horizon artificiel est maintenant visible dans le viseur (jusque là, ce n'est pas une nouveauté), en utilisant de façon ingénieuse les collimateurs de l'autofocus. Jusque là, cette fonction mobilisait uniquement l'indicateur d'exposition à droite. Il est aussi directement visible en surimpression sur l'écran arrière en mode liveview

L'obturateur est prévu pour 400 000 déclenchements.

Conclusion

Le Nikon D4 atteint sans trop de soucis sa cible : répondre aux exigences de rapidité, vélocité et productivité des photographes professionnels qui ont besoin d'avoir un boîtier ultra fiable, extrêmement réactif et avec un autofocus sur lequel ils peuvent compter dans toutes les conditions. La capacité du D4 à sortir des rafales quasi-illimitées à des vitesses vertigineuses, tout en ayant un traitement ADL ou de traitement d'image personnalisé activé, répond aux demandes de la presse et comblera évidemment tous les photographes exigeants et désireux d'avoir une qualité d'image superlative de 100 à 12 800 ISO. On peut être déçu de ne pas voir d'avancée en terme de gestion de bruit par rapport au D3s en haut ISO, mais comme nous l'avons évoqué, le D4 fourni des images superbes à 100 ISO (et peut descendre à 50 ISO, ce qui est attrayant pour des photographes pratiquant les poses longues ou les photographes utilisant des flashs de studio en extérieur). Les avancées ergonomiques et la vidéo sont également là, montrant que Nikon™ travaille à l'écoute des photographes.

Le test complet du D800 (avec évaluation de la qualité sur tirages photos 30 x 45cm également) suivra ce test d'ici quelques jours, et un comparatif intéressant entre ces deux boitiers sera publié encore un peu après. Restez donc attentif aux nouveaux articles !

Mise à jour 17/04/2012 : Le test complet du D800 est maintenant en ligne à cette adresse.

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Par Thomas Carrage, le 13/04/2012 | Catégorie : Test produit