Le Ringflash Elinchrom

Nous revenons avec cet article vers Elinchrom et nous nous penchons sur le ringflash, littéralement « flash annulaire ». Cet outil possède des caractéristiques uniques que nous allons observer et commenter, en tentant de faire un point sur les utilisations les plus courantes et les plus intéressantes pour les photographes.

Le ringflash n'est pas un modeleur mais bien une torche, branchée sur un générateur (sur secteur ou sur accu type Ranger ou Quadra). Sa caractéristique principale est d'être conçue pour accueillir l'objectif en son centre. Contrairement aux autres torches Elinchrom™, le flash annulaire ne dispose pas de lampe pilote. L'utilisation classique consiste donc à fixer le ringflash directement sur l'appareil, en glissant l'objectif à l'intérieur de la torche. La source lumineuse bougeant avec le boîtier sur lequel elle est fixée et la lumière étant émise le long de l'axe optique, la torche et l'appareil ne font alors plus qu'un.

 

Elinchrom propose une gamme assez large de ringflashs, puisque le catalogue en compte 4 différents. Hormis la puissance, ils ont tous des caractéristiques assez voisines : un diamètre de 20 cm permettent de glisser un objectif de diamètre 100 mm maximum au travers, une durée d'éclair d'environ 1/2000 ème de seconde à t 0,5, un système de fixation à vis pour supporter le boîtier :

> Ringflash 3000 J : destiné à une utilisation sur générateur de studio Elinchrom (1200 ou 2400 RX, 3000 AS ou Classic). Ce ringflash très puissant s'utilise également sur tous les générateurs sur accu Elinchrom par le biais d'adaptateurs.

> Ringflash RF 1500 J : destiné au Ranger RX 1100 J ou Quadra.

> Ringflash Eco 400 J : conçu exclusivement dans un but d'ultra-portabilité pour le Ranger Quadra (RX ou Hybrid), ce ringflash léger est adapté à des conditions de reportage.

Le flash annulaire peut s'utiliser dans de nombreuses situations. Nous allons ici détailler deux utilisations essentielles et évoquer une troisième :

  • le ringflash comme source principale (keylight)
  • le ringflash en "fill-in" pour régler le contraste sur le sujet (et l'arrière-plan suivant les cas)
  • le ringflash comme source et modeleur classique mobile indépendant du boîtier.

Le ringflash en source principale (keylight)

L'utilisation de cette source particulière en lumière principale est reconnaissable assez immédiatement par les spécialistes et spectateurs attentifs. Il s'agit d'une lumière aux ombres suivant l'axe optique du système, comme si l'objectif projetait de la lumière. Il est courant de lire qu'un flash annulaire produit une lumière "sans ombre". Cela est bien évidemment faux, il suffit de jeter un œil aux images ci-dessous pour en avoir le cœur net. Il est vrai cependant qu'il est difficile de "modeler" et créer un fort contraste sur un sujet à l'aide d'une lumière suivant l'axe optique, puisque les ombres importantes seront crées là où l'objectif ne "voit" pas.

Pour faciliter la compréhension et la lecture des images, nous avons utilisé pour cette phase du test le ringflash en source unique. Les images présentées dans cette première partie de l'article sont donc éclairées uniquement à l'aide d'un ringflash et ne sont pas retouchées.

Ringflash brut

La première utilisation concerne le flash annulaire utilisé "brut" sans ajouter de modeleur particulier : le diamètre de celui-ci (20 cm) en fait une source lumineuse relativement dure dont la lumière se rapproche d'un réflecteur Ø 21 cm, avec la particularité d'une lumière coïncidant avec l'axe optique évidemment. Le rendement est plutôt moyen si on le compare à un réflecteur métallique (voir l'article comparant les modeleurs Elinchrom entre eux) car l'angle de diffusion du ringflash est large : selon nos mesure, cette torche éclaire de façon très homogène sur un angle d'approximativement 120 degrés (cliquez sur l'image l'image ci-contre pour mieux apprécier).

Il faut 300 J pour exposer à f/10 à environ 2,70 m du sujet (contre 100 J environ avec un réflecteur métal Ø 21cm).

La lumière produite est homogène : à l'aide d'un flashmètre, nous mesurons f/11 en face du ringflash à 4 m de distance. A 3 m sur le coté par rapport à la mesure originale, nous mesurons encore f/7.1.

Dès la première utilisation, on est frappé par le halo sombre autour de notre modèle, ombre typique résultant de l'utilisation d'un ringflash (voir paragraphe et animation GIF ci-dessous). L'ombre "monte" au dessus de la tête comme si la source provenait d'en bas, mais se répand également sur les côtés comme si la source provenait de la gauche et de la droite à la fois. On note aussi des brillances à des endroits peu usuels sur le visage et la morphologie de notre modèle : pommettes, milieu du front, menton (les brillances sont ici bien maitrisées par un maquillage approprié). On remarque immédiatement que la tresse de notre modèle brille de façon particulière, effet difficile à obtenir avec d'autres modeleurs. Le relief du buste semble relativement aplati car la poitrine ne projette pas l'ombre habituelle. Les clavicules sont bien visibles car la source est placée en face. La lumière est relativement crue et ne manque pas de mettre en avant les défauts de peau par exemple. Cependant, ce genre de lumière crée assez peu de modelé et les rides ou reliefs du visage comme les sillons nasogéniens sont atténués par rapport à des lumières classiques venant du haut.

Un autre élément facilement identifiable d'une lumière de flash annulaire est le point lumineux centré dans l'iris d'un modèle fixant l'objectif. Cliquez sur la photo ci-dessous pour l'apercevoir. Ce point lumineux (catchlight) se transforme en cercle lumineux si le photographe se rapproche du sujet. Nous aurons l'occasion de mieux le voir plus loin dans l'article.

ISO 100, f/9, 1/160 ème, 110 mm, modèle à 2,90 m du fond papier

Il est important de noter que la largeur du halo ombré caractéristique varie en fonction de la distance par rapport à l'arrière-plan. De plus, ce halo a tendance à disparaitre si l'arrière-plan est éclairé par une autre source de lumière (ou si cet arrière-plan n'est pas plat, un paysage par exemple). L'animation GIF présentée ci-dessous propose 3 photos prises à des distances différentes du fond : la distance entre photographe et modèle est constante (2,70 m) tandis que la distance par rapport au fond varie (2,90 m, 1,90 m puis 0,8 m). On note également que le fond devient de plus en plus clair au fur et à mesure que la distance diminue : phénomène logique puisque l'on approche la source lumineuse. Ce halo varie également suivant la distance entre ringflash et sujet.

 

Animation GIF : variation de la largeur du halo ombré en fonction de la distance par rapport au fond

Il est importante de comprendre lors de l'utilisation du ringflash que la source de lumière est liée à l'appareil photo. Ainsi, le moindre mouvement du photographe influence l'exposition (un pas en avant engendre une surexposition d'un diaphragme, inversement si le photographe recule). Une exposition calée au dixième de diaphragme n'est plus aussi exacte si le photographe bouge simplement un peu. De même, l'effet lumineux sur le fond varie en fonction de la distance. Afin d'assurer une maîtrise complète de tous les paramètres, il est donc recommandé de shooter sur trépied.

Ringflash avec réflecteur beauté (non compatible avec le Ringflash Eco)

Le ringflash est couramment utilisé en combinaison avec un réflecteur Softlite blanc de diamètre 40 cm afin d'adoucir et légèrement dé-contraster la lumière. Appelé "bol beauté" par raccourci, ce réflecteur à l'intérieur blanc demande une étape de montage puisque le ringflash est placé à l'intérieur et vissé. La procédure prend environ 5 minutes pour un utilisateur habitué, un peu plus pour un novice. Le réflecteur est livré avec sa grille nid d'abeille que nous utilisons dans le chapitre suivant.

Le softlite permet d'élargir légèrement l'angle de diffusion - déjà large - du flash annulaire. On observe un angle d'environ 140 degrés et toujours une bonne homogénéité sur le champ couvert. Il faut noter que ce réflecteur blanc dégrade légèrement le rendement du ringflash. Nous devons pousser le générateur de 300 J à 500 J pour conserver une exposition juste à f/10 à 2,70 m.

 

La propriété principale de ce modeleur est donc d'adoucir la lumière en augmentant la diffusion : la taille de la source passe de 20 cm à 40 cm de diamètre. L'effet le plus immédiat par rapport au ringflash brut est l'augmentation de la taille du halo ombré derrière le sujet, ainsi que de rendre son contour plus doux.

Si l'on compare notre exemple ci-dessous, on voit immédiatement la tresse rousse largement moins contrastée par rapport à la première image présentée (avec le haut bleu). L'augmentation de taille du halo est bien visible également. Les différences de modelé sur le visage sont assez peu visibles à cette distance.

ISO 100, f/9, 1/125 ème, 105 mm, modèle à 3 m du fond papier

Un autre point intéressant concerne la vue en plongée : elle permet de bien comprendre l'effet d'un ringflash concernant l'origine de la source de lumière. La perte d'intensité lumineuse se fait par rapport à l'objectif, un peu comme la profondeur de champ. Lors d'une vue en plongée, si le visage est exposé parfaitement, la poitrine sera moins exposée et les hanches sous-exposées. La photo ci-dessous - prise d'assez près - permet à la fois d'apprécier cette disparition progressive (fade-out) et le cercle dans l'oeil du modèle, signature des photos au ringflash avec softlite.

ISO 100, f/9, 1/125 ème, 50 mm, vue en plongée

Détail de la photo ci-dessus

Afin de souligner l'homogénéité de la lumière du flash (brut ou avec le réflecteur softlite), nous avons réalisé la vue en pied ci-dessous à environ 3 m du modèle (cliquez sur l'image pour la découvrir en 1024 px). Nous mesurons une exposition parfaitement identique sur le bassin, le visage et les pieds. On note en passant la brillance importante des collants et de la tresse sur les parties faisant face à l'objectif (donc à la lumière).

Vue en pieds, ringflash avec softlite ISO 100, f/9, 1/125 ème, 70 mm

Ringflash avec réflecteur beauté et grille nid d'abeille (non compatible avec Ringflash Eco)

Comme nous l'avons vu au-dessus, un des points forts du ringflash - qui peut également être perçu comme un point faible - est son homogénéité et son angle de diffusion large. La grille nid d'abeille livrée en complément du réflecteur softlite permet de réduire considérablement cet angle de diffusion.

D'un point de vue pratique, une fois le softlite monté sur le ring, la grille se fixe par-dessus grâce à un système de clip en moins de 5 secondes. Il suffit donc de 5 secondes pour transformer l'angle de diffusion de 140 degrés du ring softlite en un angle de 15 degrés environ ! L'effet est dramatique à souhait et remarqué immédiatement. La restriction de l'angle de diffusion est importante : à l'aide du flashmètre, à 4 m devant le flash, nous mesurons f/12 au centre et f/2 à 1 m à droite de la mesure initiale ! Notons qu'il faut pousser la puissance d'1 IL pour retrouver une exposition correcte avec la grille (par rapport à l'exposition avant de monter la grille). Nous proposons ci-dessous une animation avant-après permettant de mieux apprécier l'effet (cliquez sur l'image pour voir une comparaison côte à côte).

 

Animation GIF : variation de l'angle de diffusion Ringflash + softlite avec et sans grille

L'utilisation de la grille nid d'abeille restreint donc l'angle de diffusion, permettant ainsi d'isoler un sujet. Le décor (ici le studio) reçoit également moins de lumière, ce qui évite les réflexions parasites. De ce fait, la lumière sur le sujet voit son contraste amélioré et s'en trouve plus typée encore. Nous pouvons le voir avec facilité sur la photo lingerie présentée ci-dessous (cliquez sur l'animation pour voir un avant-après en plus haute définition) :

 

Animation GIF : variation de l'angle de diffusion ringflash + softlite avec et sans grille

On voit sur cette image l'augmentation de contraste sur le haut de la poitrine notamment. On constate également que le centre de l'image (buste) est parfaitement exposé, alors que le haut du visage commence à perdre de la lumière avec la grille. Le plus frappant est donc l'important vignettage naturel crée par la grille, en restreignant l'angle de diffusion. Par cette photo, nous pouvons également apprécier la capacité du ringflash à percer les mailles du textile. La dentelle devient très ajourée : en effet, chaque fibre est isolée et ne projette pas une ombre sur sa voisine comme c'est le cas lorsque la lumière provient d'un autre endroit dans l'espace.

 

Sur la photo ci-contre, notre modèle porte un pull en mailles épaisses pour bien distinguer cet effet (que nous aurons l'occasion de revoir plus bas). Cliquez sur l'image pour la voir en 1024 px.

A la vue de l'angle de diffusion extrêmement restreint du ring avec softlite + grille nid d'abeille, il est impératif pour le photographe de viser droit vers son sujet. L'utilisation d'un tel outil sur une photo où le sujet est décentré sur l'image produira forcément un résultat aléatoire : le ringflash éclairera toujours vers le centre de l'image.

Le ringflash en source secondaire (fill-in)

Comme nous l'expliquions dans l'introduction, le flash annulaire est couramment utilisé en source additionnelle, afin de régler le contraste sur le sujet. En effet, sa lumière suivant l'axe optique permet de dé-contraster un sujet éclairé par une source déportée sans en changer le modelé ni projeter un reflet pâle comme les réflecteurs. Il s'agit là du second grand type d'utilisation du ringflash, voire même du premier type d'utilisation selon les domaines photographiques.

A l'aide d'animations avant-après, explorons ensemble les capacités remarquables de cet outil pour le fill-in (en studio comme en extérieur, même si nous n'abordons pas la partie extérieure dans le cadre de cet article).

Sur l'exemple présenté ci-dessous, nous avons utilisé comme source principale une boîte à lumière Rotalux octo 135 cm à 2 m sur le coté et environ 45 degrés par rapport à notre modèle. Notre modèle est exposée à f/11 et le fond reçoit également un peu de lumière. Nous avons réalisé une photo avec cette seule source de lumière, puis une seconde photo immédiatement après avec le flash annulaire (monté sur le boitier) réglé à f/4 (soit 3 IL moins puissant que la source principale). Le résultat visible ci-dessous est très intéressant car nous débouchons sans altérer le modelé de la source principale. De plus, nous perçons à travers les mailles du vêtement avec beaucoup de facilité pour aérer cette partie très sombre. Cliquez sur l'image pour voir un avant-après en plus haute définition.

 

Animation GIF : Source principale octo 135 cm, avec et sans ringflash en fill-in

Voyons de plus près le débouchage (fill-in) au ringflash sur ces deux détails (cliquez sur les images pour les voir en 1500px) :

Ces exemples montrent avec quelle efficacité le ringflash va déboucher et remonter les ombres, y compris dans les endroits les plus inaccessibles : il aurait été très compliqué de déboucher la partie intérieure de la naissance de la tresse dans le cou avec un simple réflecteur (même manipulé par un assistant expert). Sur la photo inférieure, on remarque également ce que nous abordions dans le chapitre précédent : la capacité du ringflash à percer les fibres. Ici, le haut noir est débouché et en plus aéré. On note également une sensation de piqué plus élevé au visionnage des images (micro-contraste amélioré). Il faut noter aussi le refroidissement par le ringflash de la teinte légèrement chaude de la boîte à lumière.

Dans cette utilisation en débouchage (fill-in), un ringflash brut ou équipé d'un réflecteur softlite donnent sensiblement le même résultat.

Le ringflash en source déportée

Comme nous le disions en introduction, le ringflash est avant tout une torche. Sa particularité est de pouvoir se glisser autour de l'objectif du boîtier, mais il peut très bien être utilisé également comme une torche classique, placée où le photographe le souhaite. Nous allons donc simplement montrer quel est le résultat d'un tel modeleur, placé face au modèle en hauteur comme une source plongeante plus classique.

Le modelé est très proche de celui obtenu avec un réflecteur standard 21 cm. Cependant, la lumière ainsi crée est un peu plus dure et les ombres sont légèrement mieux découpées qu'avec un réflecteur Ø 21 cm à la même distance.

ISO 100, f/11, 1/125 ème, 70 mm, ringflash brut en source déportée (au dessus du modèle)

Le rendu du ringflash avec réflecteur Softlite en source déportée est quant à lui très voisin du rendu du Softlite blanc Ø 44 cm. Lors d'une telle utilisation, attention tout de même à la fixation de la torche sur le pied lumière : en effet, le ringflash est prévu pour être vissé sur un support de trépied photo et non sur un pied d'éclairage. Il est donc nécessaire d'utiliser un adaptateur fixé sur une rotule parapluie pour un placement aisé de la source et de son angle par rapport au sujet.

Conclusion

Le Ringflash Elinchrom, décliné en 4 modèles de puissance différente, est une torche au rendu particulier. Sa capacité à créer des brillances particulières ou percer au travers des fibres intéressera sans aucun doute les photographes ayant souvent à faire à différents types de textile, ou recherchant des rendus particuliers. L'utilisation secondaire en fill-in intéressera également les photographes soucieux de conserver un modelé parfait avec leur source principale tout en débouchant de façon efficace jusque dans les moindres détails. La combinaison de ces deux utilisations rend le flash annulaire attractif car polyvalent.

Une utilisation dans un cadre reportage équipé avec le Ranger Quadra et le rinflash Eco par exemple est aussi intéressante car l'ensemble est très léger et transportable. Il faudra régler régulièrement la puissance (ou l'ouverture) si la distance au sujet varie mais la lumière particulière obtenue permettra au reportage de sortir du lot grâce à un style bien à part. De plus, la vitesse d'éclair relativement rapide du ring permettra de figer raisonnablement des mouvements assez vifs.

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Par Thomas Carrage, le 14/05/2013 | Catégorie : Test produit