Le flashmètre Gossen Digisky à l'essai / màj 16/10/2012

NB : Mise à jour de l’article le 16 octobre, apport du firmware 2.00, voir en bas de l’article.

Pour ce nouvel article, on nous a confié le nouveau flashmètre/posemètre Gossen Digisky. Nous l’avons testé pendant environ 10 jours sur le terrain. Au programme : prises de vue on location dans une salle de sport, en extérieur par temps froid et en studio.
La boite en carton (packaging) est sobre et contient :
  • un manuel en anglais d’une douzaine de pages (la version française est téléchargeable sur le site de Kelvin™)
  • un CD-ROM contenant le manuel complet au format PDF en anglais et en allemand
  • le flashmètre Gossen™ Digisky
  • un étui en néoprène
  • un câble USB pour connecter à un ordinateur et charger la batterie
  • un adaptateur secteur pour charger la batterie sur secteur
  • une lanière
  • la batterie.

D’abord l’inventaire des accessoires fournis

Le manuel : la version papier (en anglais) fournie avec l'appareil résume en une douzaine de pages les fonctionnalités principales. C'est amplement suffisant pour commencer à l'utiliser. Une version PDF sur le CD fourni est beaucoup plus complète (toujours en anglais ou en allemand) et fait l'inventaire des possibilités ainsi que quelques conseils d'utilisation sur 34 pages. On retrouve aussi en PDF la version "courte" du manuel papier.

L'étui : Il enveloppe le posemètre au plus près et semble fournir une bonne protection. Le toucher est agréable et le néoprène lui fourni un aspect légèrement élastique matelassé de bonne qualité. A noter la présence d'une large courroie en tissu qui permet de l'accrocher à une ceinture ou à un mousqueton (une petite boucle en métal est présente aussi).
L'étui est assez serré et il faut d'ailleurs forcer légèrement pour faire rentrer le flashmètre à l'intérieur. Il est arrivé une fois (une seule) qu'au moment de l'enfiler, l'étui a fait tourner la molette du dôme de mesure, ce qui a eu pour conséquence de mettre en fonctionnement le flashmètre. Hormis ce petit désagrément, rien à signaler : Pendant une semaine, le flashmètre et son étui ont voyagé dans un sac photo Manfrotto de façon répétée et avec quelques secousses habituelles lors du chargement et déchargement dans une voiture remplie de matériel photo divers (trépieds etc.) et tout s'est bien passé.

La lanière : Elle est un peu fine et on ne souhaitera pas porter le posemètre autour du cou toute la journée avec cette lanière, mais elle a le mérite d'être à la taille idéale.

La batterie : Comme nous l'avons mentionné dans l'inventaire, on peut la charger de deux façons : sur le secteur (grâce à l'adaptateur fourni) ou directement par le port USB d'un ordinateur. Les risques de tomber en rade de batterie en cours de shoot sont donc réduits.
On peut trouver dommage qu'une petite place ne soit pas aménagée dans l'étui pour ce câble USB, mais rien n'empêche de le mettre dans un sac photo (c'est un câble mini-usb standard, il est d'ailleurs possible que le photographe en ai déjà un dans son sac). Il est aussi probable que cette connexion à un ordinateur serve à des mises à jour firmware prochainement.
L'autonomie de cet appareil de mesure semble d'ailleurs excellente : il a été utilisé régulièrement pendant une semaine et le niveau de batterie ne semble pas avoir diminué. L'écran lumineux (et en couleurs) doit consommer plus qu'un écran classique, mais le système de mise en veille de la Digisky est bien conçu et configurable par l'utilisateur.

Justement, puisque nous parlons de l'écran : ce n'est pas un écran monochrome à cristaux liquides (rétro-éclairé) comme la plupart des flashmètres sur le marché actuel : il ressemble beaucoup plus à un écran de smartphone : Il n'est cependant pas tactile. On peut régler sa luminosité par le menu et il est lisible dans toutes les conditions (sans doute un peu moins en plein soleil qu'un écran à cristaux liquides à cause des reflets brillants). Les caractères sont suffisamment gros et le tout est bien disposé pour que la mesure soit immédiatement lisible.

Faisons à présent le point sur les fonctions

L'utilisation est intuitive, même sans avoir lu le manuel fourni. Quand on est habitué à utiliser ce genre d'appareil et des outils électroniques en général, la plupart des fonctions viennent facilement. Le fait que celui-ci ai globalement peu de boutons facilite cela. Les menus et indications sont en anglais ou allemand (en attendant des mises à jour de langage).

Le passage entre différents modes de mesure de lumière (lumière incidente, lumière réfléchie sur un angle de 20°, lumière incidente dôme replié) se fait en tournant la bague en plastique autour du dôme de mesure.
A noter que la fonction lumière incidente de face (avec le dôme de mesure rentré) est pratique pour éviter les "contaminations" qui pourraient venir de sources sur le coté.

On change le mode de mesure flash ou lumière ambiante par simple pression sur le bouton menu. Une pression plus longue sur celui-ci permet d'accéder aux paramètres de mesure (réglage iso de 3 à 16000, affichage des écarts de diaphragme par unité, demi ou tiers de diaphragme, mode de contrôle radio si disponible, compensation d'exposition si nécessaire).
Dans ce menu, on dispose de 3 pré-réglages personnalisés (Cam1, 2 et 3), entre lesquels il est très rapide d'alterner. On peut imaginer par exemple qu'on ait un pré-réglage extérieur/studio à 100 iso et un autre pour l'intérieur lumière ambiante à 800 iso. C'est aussi dans ce menu que l'on peut passer en mode "cinéma".
Pour le mode cinéma, très rapidement car ce mode n'a pas été utilisé lors du test : On peut avoir le résultat (en lumière incidente) en lux ou en diaph normalisé, tout en ayant une indication EV très lisible (dont l'affichage rappelle les posemètres analogiques à aiguille). En lumière réfléchie, on a une mesure disponible en cd/m².

Le mode de mesure de contraste est aussi intuitif, assez complet et très bien fait :

  • En mode de mesure de lumière ambiante : le simple fait de laisser le bouton "M" (mesure) enfoncé permet d'enregistrer d'abord comme référence la valeur au moment où le bouton est enfoncé, puis ensuite les valeurs en temps réel par rapport à la première mesure pendant le balayage de la scène par le posemètre (orienté par l'utilisateur). Après la mesure qui peut durer quelques secondes de balayage, on peut voir immédiatement l'écart entre la valeur référence de départ et la valeur la plus haute ou la plus basse de la mesure complète, ou même l'écart moyen. Le tout est indiqué en "variation d'EV", donc très intéressant pour les photographes qui visualisent facilement l'écart en diaphragmes de leur scène. Performant et simple à utiliser (notamment en mode de mesure réfléchie) pour du paysage par exemple.
  • En mode de mesure flash : la Digisky propose une mesure de ratio entre lumière ambiante et lumière flash (attention : ce paramètre va varier facilement suivant le temps de synchronisation demandé, entre 1/30ème et 1/250ème, il y aura 3 EV de différence pour la lumière ambiante!). L'écart entre le flash et la lumière ambiante est donné en pourcentage (et non en variation d'EV comme pour la mesure de lumière ambiante). Le pourcentage indique la lumière que représente celle du flash par rapport à la lumière totale reçue pendant le temps de synchronisation indiqué. Ainsi, on obtient par exemple que l'éclair du flash représente 52% de la lumière totale mesurée. Le résultat est très précis (à l'unité de pourcentage près). Cette fonction du ratio de flash par rapport à la lumière ambiante me semble justifier à elle-seule l'achat d'un flashmètre de ce type pour la pratique exigeante de la photographie avec lumière studio : Elle permet de vérifier en conditions studio que la "contamination" par une éventuelle lumière ambiante est faible ou inexistante. Elle permet également dans le cas d'un shoot en extérieur avec flash de studio de s'informer du ratio entre lumière ambiante (soleil, couverture nuageuse) et lumière flash, et surtout de reproduire ce ratio tout au long d'une séance pour conserver l'homogénéité de rendu (même si la lumière ambiante disponible varie).

Venons-en à la principale innovation de cet outil : elle intègre un émetteur radio compatible avec le Skyport d'Elinchrom™. Correctement configurée, elle va ainsi déclencher les flashes dotés d'un récepteur Skyport (ou les torches pour lesquelles ce récepteur est intégré) lors de la mesure. Avec une pression sur le bouton "data", on peut facilement sélectionner le groupe que l'on souhaite mesurer (donc déclencher), ou choisir de déclencher tous les groupes (tous les flashs). Cela s'avère extrêmement pratique quand on utilise un ensemble de flashs avec radio Skyport, et on peut aisément mener ses mesures et réglages seul très rapidement, sans plusieurs aller-retour vers les flashs (puisqu'on tient le flashmètre dans une main et l'émetteur Skyport dans l'autre qui permet de régler la puissance des flashs à distance).
Et on ne se promène pas avec un câble synchro, ce qui réduit les risques pour le matériel (en cas d'assistant maladroit par exemple). Ce dispositif a été testé avec des torches Elinchrom Style RX en condition de studio et avec des générateurs Ranger RX sur le terrain : tout fonctionne impeccablement et les flashs partent à tous les coups. Pour éviter toute interférence avec d'autres Skyport dans les parages le cas échéant, on peut régler par l'intermédiaire du menu le canal sur lequel on souhaite émettre (il aura fallu préalablement régler les récepteurs Skyport sur ce canal évidemment).
C'est donc dans le cadre d'une utilisation avec le Skyport sur tous les flashs que cet instrument prend tout son sens et se révèle extrêmement puissant tout en étant très simple. La mesure de lumière et le réglage pour chaque source (ou groupe de source) d'un setup devient facile et extrêmement rapide.

Le point sur l'ergonomie et la construction

Du coté des points positifs, on pourra apprécier un écran couleur bien lisible, un encombrement réduit au minimum : l'appareil est très plat et petit, aux dimensions globales assez voisines d'un gros smartphone. Le poids accompagne cette réduction et il est globalement léger (100 g; à peine plus lourde qu'une Sekonic L-308 entrée de gamme).
On note aussi sa polyvalence : on peut passer d'un mode de mesure à un autre très simplement, sans bricoler le flashmètre en remplaçant un module par un autre (comme c'est le cas pour réaliser une mesure de lumière réfléchie sur une Sekonic L-358 par exemple, qui nécessite de changer le dôme de mesure).
Tout est à portée de doigt et il est très rare d'avoir à utiliser deux mains pour le faire fonctionner, tout comme il est rare de devoir passer du temps dans le menu.

Nous avons cependant noté quelques désagréments liés à l'ergonomie et la construction :
Les boutons disposés en croix autour du bouton de mesure - dédiés à la navigation dans les menus ou même à changer la vitesse ou le diaph - sont durs. On perçoit l'avantage que cela peut avoir : ne pas presser ces boutons par inadvertance entre les mesures. Leur clic assez sonore doit avoir le même avantage. Mais voilà, à l'utilisation, c'est assez désagréable. Pour passer de 100 iso à 1600 iso dans le menu, il faut environ une douzaine de clics/pressions sur ces boutons durs. On pourrait penser qu'en les laissant enfoncés, cela évite les multiples pressions, mais cela ne fonctionne pas : c'est inconfortable et dommage.

Si on associe à cela un autre petit souci de l'appareil, la navigation dans les menus devient assez pénible : l'écran semble prendre son temps pour passer d'un menu à l'autre, et un balayage vertical complet d'environ une seconde intervient régulièrement, retardant la navigation pour les photographes pressés. Mais comme dit plus haut, on passe globalement très peu de temps dans les menus, et avec ce flashmètre particulièrement, donc c'est un moindre défaut.

Pour sortir le dôme entièrement, il faut forcer (c'est un système de rotation d'une bague en plastique autour du dôme). La présence de deux petites encoches en plastique sur la roulette entourant ce dôme facilite l'opération, mais cela reste difficile. Il en va de même pour le rentrer (il faut forcer un peu si on souhaite se cantonner à n'utiliser qu'une seule main).

Autre point qui peut s'avérer gênant à l'utilisation : lorsqu'on utilise la Digisky sans Skyport, et que l'on fait déclencher le flash par un assistant, l'appareil est un peu moins ergonomique à utiliser : il faut appuyer deux fois sur "mesure" pour relancer une mesure qui n'a pas fonctionné ("break" s'affiche sur l'écran). Au début, cela peut troubler l'utilisateur habitué à n'appuyer qu'une fois sur le bouton de mesure. A noter que cela n'intervient que lors d'une utilisation sans Skyport ni câble synchro.

Conclusion

Au final, si l'on doit faire un bilan, on peut dire que ce flashmètre Digisky de Gossen crée une place dans le marché des appareils de mesure qui n'existait vraiment pas jusque là : le flashmètre-posemètre qui intègre dès la construction un système de déclenchement radio intégré orienté vers une marque (sans pour autant renoncer à une utilisation classique).
Cela se paye : la fabrication allemande et le système radio intégrés font monter la facture, et on a un flashmètre qui avoisine les 390 € HT (475 € TTC). Il a donc sa place dans la gamme réputée de Gossen entre la Digipro assez simple et la Starlite haut de gamme. Face à la concurrence Sekonic (venant des Philippines), ce posemètre a du mal à rivaliser avec la L-358 qui intègre les principales fonctions de mesure de la Digisky avec en plus les mémoires, le cumul d'éclairs et la possibilité de monter un spotmètre (vendu à part), pour environ 130 € de moins. Ceci dit, on ne peut pas vraiment le considérer comme un concurrent puisque le Sekonic ne dispose pas d'un émetteur radio Skyport intégré.

Pour faire court : si on l'utilise avec un système Skyport-Elinchrom, le Gossen Digisky n'a pas de rival en terme d'ergonomie et d'efficacité, le prix s'oubliera vite dans ce cas. En revanche, il trouve ses limites - et le prix est plus difficile à justifier - si on l'utilise comme un flashmètre classique.

Mise à jour du 16 octobre 2012

Suite au grand salon Photokina (Cologne) cette année, le fabricant allemand a mis à jour le firmware de sa cellule Gossen Digisky, que nous avions testée en mars. Le logiciel passe donc en version 2.00, et justifie à lui-seul la mise à jour de cet article : en effet, cet up-date logiciel permet de contrôler à distance la puissance des torches Elinchrom RX directement à partir de la cellule. Le logiciel, les instructions et les fichiers nécessaires pour l'update sont disponibles en téléchargement sur le site web du constructeur à l'adresse suivante :

http://www.gossen-photo.de/english/foto_d_software.php

Notez que la mise à jour se pratique uniquement sur un ordinateur PC sous Windows (cela n'est pas encore possible sur un mac a priori). L'installation prend environ 5 minutes et se passe bien si l'on suit les instructions. Une petite manipulation technique nécessitant l'activation d'un bouton poussoir bien caché est obligatoire pour les Digisky de la première génération.

Une fois la cellule en version 2.00, nous pouvons donc accéder à un nouveau menu en appuyant sur le bouton "Data" pendant les mesures.
Celui-ci est entièrement dédié à Elinchrom™ et permet de régler 4 groupes de torches, chaque groupe présentant éventuellement plusieurs torches réglables indépendamment.

Pour commencer, il suffit de lancer une détection automatique des périphériques Elinchrom (disposant d'un récepteur Skyport). Dans notre situation, l'appareil a détecté notre Ranger Quadra RX (possédant un récepteur skyport intégré) ainsi que la torche RX 300  au premier scan.

Le flashmètre affiche dès lors l'ensemble des dispositifs connectés dans le menu "data", ainsi que leur puissance actuelle. Il donne ensuite accès au réglage de la puissance de chaque source, au dixième de diaphragme. Nous avons également accès au réglage de la puissance de la lampe pilote et à son mode d'éclairage : proportionnel, indépendante ou éteinte. Après le changement du réglage, le déclenchement du flash se fait par l'appui du bouton central "M", et déclenche tous les flashes, ou seulement ceux sélectionnés (selon le réglage du flashmètre). Il est également possible par ce menu de sauvegarder un "setup d'éclairage" donné, afin de le reproduire plus facilement ultérieurement.

Bien que la plupart des commandes soient assez intuitives, un mode d'emploi serait intéressant pour avoir accès à l'étendue des possibilités offertes. 

Le seul reproche à faire reste l'absence de "répétition" des boutons quand on les laisse enfoncés : nous aurions aimé pouvoir monter de deux diaphragmes une source avec un ou deux appuis longs sur le bouton "haut", au lieu de 20 appuis successifs (pour les 20 dixièmes de puissance).

Pour tout utilisateur de matériel Elinchrom™, cette mise à jour 2.00 du flashmètre Gossen Digisky est loin d'être anecdotique et représente une évolution majeure du produit. Dans un studio équipé en Elinchrom (Skyport), la mesure de lumière pour un sujet devient extrêmement aisée et évite à l'opérateur de nombreux allés-retour vers les torches pour diverses vérifications et changements de réglages.

Gossen™ nous avoue être en pourparlers avec d'autres grandes marques de flash pour adapter ce système à d'autres... cela est mainteant fait pour Broncolor™

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Par Thomas Carrage, le 08/03/2012 | Catégorie : Test produit